Les nouvelles réparties de Nina
Nouvelle version.(strophes retrouvées d’Arthur Rimbaud)
Voir la pléiade : Œuvres complètes-
Quand la lune sur le pays
Ouvre son œil
Et que sa lèvre épanouie
Broute au cerfeuil,
Quand à pas lents vers l’abreuvoir
Les vaches vont
Baiser du mufle le miroir
Du flot profond,
Quand le paysan après boire
Roule au sillon
Pour un sommeil expiatoire
Sur le gazon,
Quand les maisons claquent les portes
Et les volets
Sur des brouets qui réconfortent
Maître et valets,
Quand s’affalent sur l’établi
Las, mais contents
Les copeaux blonds et les outils
De l’artisan,
Dans la paix du soir étendue
Comme un velours
Sur les toits d’ardoises, les rues
Et leurs faubourgs.
Quand coassent au bord des mares
Les crapauds laids,
Main dans la main par le hasard
Bon des guérets
Nous irions goûter le nectar
Doux des prairies
Que déversent à pleines jarres
Les myosotis,
Main dans la main par les brouillards
Discrets, discrets…
Quand le soleil éteint son phare
Dans les genêts…
Tu respirerais le bon air
Du soir déclos…
ça te laverait des poussières
De ton bureau.
Je mettrais à ta boutonnière,
Etincelant
Cueilli au tapis des jachères
Un bouquet blanc
Et tu fermerais ta paupière
En le humant
Avec ta grâce singulière
Comme priant
L’oiseau dans son nid de broussaille
Chanterait haut
Emu, je te prendrais la taille
Si fin cerceau
Comme cela pour recueillir
Sans intention
De ton corps les secrets désirs
Les doux poisons
Les lucioles guideraient
Ton pas légers
Mon haleine te soufflerait
Des vers aimés
Tu sourirais disant comment
A chaque mot
Je suivrais l’éclat de tes dents
Rire à propos
Nous serions seul. Le rossignol
Sur un sommet
Userait de son chant frivole
Oh gai, si gai…
Main dans la main nous marcherions
Heureux et libres
En nous nourrissant les poumons
Mâchant des fibres
De ces graminées au long col
Au goût sucré
Dont le nom, des maîtres d’école
Est oublié.
Miel généreux de ces moments
Que j’imagine
Presque effrayé presque tremblant
Quand ta poitrine
Sur ma poitrine se posant
O ces délires !
S’affolerait, papillon blanc
Croyant mourir
Qui m’emporterait à souffrir
De rêver trop
De l’encens de l’or de la myrrhe
De l’avenir
L’étoile polaire là-haut
Nous guiderait
Vers des cheminements nouveaux
Que l’on suivrait
Mais sans s’égarer-En y semant
Comme il se doit
De nos baisers les cailloux blancs
Ici et là
Nous ferions un herbier de chants,
De fleurs aussi
Cueillies sur les orées des champs
Et de la nuit
Il me serait bon de te dire
La flache sombre
Où parfois l’on entend gémir
L’ombre de l’ombre
Ce serait sec comme un vin blanc
Comme un aveu
Ton pas à mon pas accordant
Ses sentiments
Ça ferait un duo d’amour
Déjà déjà
Ces pierrailles roulant autour
Innocemment,
Nous nous pencherions sur les sources
Mais sans y boire
Ivre de l’effort de la course
Pour nous y voir.
L’abeille autour bourdonnerait
Dans l’air léger
Mais vif, et tu frissonnerais
Voulant rentrer ;
Je te serrerais dans mes bras
(Instant béni)
Tout se tairait au fond des bois
A l’infini.
Après après ayant trop bu
De tes parfums
Je verrai les anges des nues
Comme on les peint
Sur les murs froids des abbayes
A tes genoux
Demander pardon comme prient
Les dieux vaudous
J’écouterais battre mon cœur
A l’unisson
De l’univers ô ces ardeurs
Montant des fonds
Puis nous rentrerions Il faut bien
Raison garder
Que le bonheur ait une fin
Pour exister
Je regretterais d’avoir tu
Les mots secrets
De n’avoir pas hurlé aux nues
Que je t’aimais
Ayant si peur que tu te fâches
Grondant très haut
« Demain je dois être à la tâche
A mon bureau ».