Posté le 18.02.2007 par lesableausablier
Néant
Qu'importe le jour et l'heure
Qu'importe la couche où poser
Ce corps qui toujours a trahi
L'essaim des désirs surmontables
Il n'y aura à dépecer
Que le vide que le regret
et cette certitude d'être
Ride après ride à volonté
Objet de la fatalité
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Posté le 18.02.2007 par lesableausablier
Les jeunes loups
faire aboyer les chiens sur le béton des seuils
voler à l'amour sa pitance
Offrir aux sources d'autres gammes
D'autres musiques de saison
Ils en nourrissaient l'ambition
Mars sifflait son importance
autour de leur jeune maison
Ils avaient la faim de l'outrance
Mais atteindre le bout du voyage
En auraient-ils force et raison
Car la force est dans la saison
Qui fleurit dans le premier âge.
Posté le 18.02.2007 par lesableausablier
Brocéliande 2007
Elles gardent leur dignité
Sous de longues soies leurs regards
Attentifs à tous les hasards
Suivent nos gestes d'écoliers
Elles restent là par devoir
Elles proposent sans compter
Mais avec un droit de regard
sur la tendresse des baisers
Elles ne vont pas d'aventure
Vers des printemps tumultueux
Elles doivent transmettre mieux
Que leurs aînées ce qu'elles endurent
Elles se savent sans révolte
Puisant à la source l'espoir
Que sera bonne la récolte
Pour leur jouissance du soir
Posté le 18.02.2007 par lesableausablier
Après bal...
Goûter aux fruits de l'arbre-vie
Nous en avions l'âge et le droit
Mais nous venions d'un pays froid
D'une dérive irracontable
nous n'apprécions pas justement
Des hommes-loups la denture
Nous portions bas nos lendemains
Nous marchions frileux sur la braise
Ecoliers aux yeux clairs aux mains bleues
Nous hésitions pour l'avenir
Soldats aux armes défensives
Nous nous satisferions du pire
De nous la vie tirait sa force
Immense était le carnaval
Nous étions dans le carnet de bal
Pour trois petits tours de valse
Posté le 08.02.2007 par lesableausablier
Monologue
avec les corbeaux de l'automne qui tournoient dans un ciel cendreux
avec les corneilles que les falaises acceptent pour la nichée temporaire
avec les pissolits qui se croient tout permis en actes et en pensées
avec les rabat-joie qui se répandent en éditoriaux fumeux
avecles débiteurs du malheur et les créditeurs de la désespérance
avec les fossoyeurs d'idées roses
avec les faiseurs de ronds dans l'eau
avec les inattendus du savoir et les dictateurs de l'eau plate
avec les diseurs de paraboles
avec les incompris qui refont chaque soir le monde après la lecture du journal
avec le journal télévisé et le sang répandu sur les mots
avec les philosopheux et leurs livres filandreux
avec les oiseux
avec les fâcheux gâte-sauce de nos minuscules bonheurs
avec les bâtisseurs d'empire et les démolisseurs d'espaces
avec les découvreurs de frontières
avec les buveurs de vin les buveurs d'eau les buveurs de sang
avec les architectes dont les murailles rétrécissent la vie
avec les faiseurs de pluie et les marchands de parapluie
avec les marchands de paratonnerres et les inventeurs d'orages
avec les marchands d'infortune qui pensent faire fortune sur notre dos
avec les annonceurs de mauvais temps
avec les coupeurs de cheveux en quatre
avec les chirurgiens esthétiques
avec les bourrés de tics
avec les danseurs de bourrées
sans oublier les bourreurs de crâne
avec les accidentés de la route
avec les prêtres défroqués
avec les oiseaux du malheur
avec les femmes veuves ou divorcées mais libres
avec les hommes libérés de l'angoisse d'être des hommes libres
avec les hommes emprisonnés
avec les morts qu'on ne voit plus
avec les morts qu'on n'entend plus
avec les morts qu'on ne visite plus souvent
avec les morts-vivants
avec ceux qui travaillent la terre
avec ceux qui tournent autour de la terre
avec ceux qui voudraient quitter la terre
avec ceux qui travaillent sous terre
avec ceux qui ne travaillent plus
et qui ne veulent plus travailler
Tu compteras jusqu'au suaire
les jours
procession mortuaire
que chacun porte en soi
en frac
pour la cérémonie
mais masqué pour ce carnaval figé que la mort exige de ses condamnés
tu compteras sur leurs doigts
les tradéridéras funéraires
les tradéridéri funèbres
tu songeras aux messes interdites
que tu ne t'es pas autorisées
tu songeras aux vins interdits
que tu ne t'es pas permis
dans la sacristie du bon vieux temps
à l'ombre bienveillante des statues écaillées
mises au rebut et enterrées avec des toiles d'araignées
au nez
et à la barbe du curé
dont vous buviez mes petits frères
le vin sacré
en cachette entre deux offices
pour mieux servir disiez -vous
le seigneur tout puissant
celui à qui déjà vous pensiez devoir tout
de votre passé
de votre présent
et même de votre avenir
qui sera
ce qu'il vous en fera
ce qu'il en a fait déjà
vous le pensiez riche glorieux et long votre avenir
peuplé de femmes douces
vierges en robes bleues
vierges aux mains ouvertes
vierges au coeur compréhensif
beau comme un palais dans le levant au coeur des îles folles de l'eldorado
Ô les bons enfants que vous étiez
bien polis bien propres bien pensants
souriants riants joyeux plaisants
réjouis de profiter de chaque goutte de cette vie donnée offerte comme une récompense
à ceux et à celles de la terre
comme à ceux et à celle de l'univers
de tous les univers visibles ou invisibles existants ou à venir
Ô les bons enfants
non
les bons jésus qui moquaient et imitaient si bien en cachette les braves et serviables bigotes
ombres diffuses qui furtivement fleurissaient l'autel des grandes messes
Ö le monstre que je portais en moi
païen de toujours qui riait de vos effrois d'être seuls face à la suprême puissance de l'église fille de Dieu tout puissant
Ô Païen incroyablement cynique
que vous saviez avec votre foi
avec la force de votre foi
au bord non pas du châtiment
mais du repentir suprême
car bon est votre dieu car juste est votre seigneur
il n'était pas possible
à votre religion solide et farouche
que le créateur
sa magnanimité exemplaire
laissât en chemin de perdition
la moindre de ses brebis
avec ceux qui ignorent et avec ceux qui savent
avec le savon à barbe et la barbe qui n'aime pas le savon
avec tous les savons que nous passons
à ceux qui ne veulent pas savoir
avec tous les savons que nous recevons pour avoir su trop tôt
ce que nous n'aurions jamais dû savoir
avec ceux qui savent que nous savons
et avec ceux qui ne veulent pas savoir ce que nous ignorons
avançons
Posté le 08.02.2007 par lesableausablier
Enterrement
Il exigea qu'on l'enterre
d'éternité
dans le nouveau cimetière
de la cité
Bien qu'en ces époques troublées
et d'impiété
rien ne soit plus respecté
en société
Dès que trépassé il fut
raidi à peine
on posa sa bière sur un fût
luisant de chêne
Tout au travers de l'avenue
et pas à pas
vers la demeure convenue
on l'emmena
Après que le curé eut dit
son homélie
sans ajouter aux premiers prix
les accessits
De bonne glèbe il fut calé
et rembourré
puis chacun l'ayant aspergé
du goupillon
Sans hâte sagement rentra
en ses foyers
retrouver son morne rata
et sa télé
Depuis en sa vie souterraine
avec les vers
il écoute couler sans haine
le sable amer
Des jours éternellement
sobres et pareils
avec pour seuls compagnons
pas très causants
Les gisants au regard fixe
aux mains croisées
que ne tentent plus les rixes
des cabarets
Posté le 08.02.2007 par lesableausablier
Rustique
Chut écoutons dans la feuillée
les gais oisillons roucouler
et sur la route s'avancer
les chariots débordant de blé
Il fera bon sous le platane
boire l'eau fraîche du puits
en regardant dormir l'âne
debout et raide en son abri
Ne me demandez pas pourquoi
c'est avec ces mots que je joue
tel un chasseur je mets en joue
et tire sur tout à la fois
Le soleil descend vers la plaine
rouge regard de fin de jour
grosse tête de plomb que j'aime
voir s'enfoncer dans l'Adour
Et s'il passe dans ses rayons
qui se cache sous son fichu
quelque jeannette court vêtue
le regard devient polisson
Mais ce n'est que façon de dire
le calme de ce moment inspire
à la nature de bleus triomphes
et au poète des bleus à l'âme
Posté le 08.02.2007 par lesableausablier
conte macabre
Longue procession d'incertitudes
dans des musiques de kermesse fatiguées
des formes nues sortent des pierres tombales soulevées
les mains aux mains données
étonnent par leur blancheur et leur douceur ineffables
le reste des chairs
déshabillé hideux
révèle de terribles réseaux d'organes confus et moites
que la vie rouge reprend
pour des squelettes d'os ordonnés pour un bal effroyable et tragique
qu'ouvrira
la mort
au bras du temps
parfois s'élève
orchestre d'ombres blèmes
comme d'une machinerie malhabile et hésitante
une suite de sons bleuâtres
qui ne peut pas être une cohorte de mots
pas plus qu'une naissance de langage
mais plutôt une redoutable musique venue du néant
que les lèvres du temps confessent
pour quelque gala sinistre
quand le mur réunifié eut perdu sa fluidité sinistre
une brume claire comme une dentelle
mais jaunâtre et salée comme un embrum
referma sa chape hideuse
sur le défilé dont l'ordonnance macabre s'éloigna
cortège des spectres sans empreinte dans la boue du chemin
un glas irréel dérangea l'air
de son message lugubre
je ne vis plus rien que la glace de mon corps
dans le miroir figé de l'étang
qui engloutissait
pour toujours
les appels chuintés des créatures prisonnières de leur forme
Posté le 08.02.2007 par lesableausablier
Tu as écouté le vent
le vent mourir
le vent mourir dans tes cheveux
mais tu n'as pas entendu
tu n'as pas entendu le temps
le temps blanchir dans tes cheveux
Posté le 08.02.2007 par lesableausablier
la mort emporte tout
les bêtes et leur fougue
les hommes et leurs mythes
les arbres et leur patience
les tempêtes et leur force
les saisons et leurs farces
je suis debout devant le gouffre
à écouter mourir les fleurs
sous prétexte de fruits
à écouter mourir les sources
sous prétexte de fleuve
à écouter mourir la nuit
sous prétexte d'amour
la mort emporte tout
dans son grand mouvement
de vague et de sable
de néant et d'odeur
de confiance et de peur
de terre et de roche
je suis figé comme un marbre antique
à voir filer le temps aux horloges du monde
impuissantes à briser
sous prétexte de tâches obscures
sous prétexte de paix
sous prétexte d'azur
l'avancée de la mémoire
le fil du poème
la mort emporte tout
les rebelles le savent
les rebelles l'acceptent
en quel terrible contrat
d'éternité