Posté le 18.03.2008 par lesableausablier
Fatalité
Il a le visage fermé du sphinx
Impassible figé
Sa main serre fort une rose fanée
Séchée sans couleur
Il va cahotiquement n'importe où
Lent voûté
La nuit le suit ou autre chose
Le happera résolue méthodique.
Posté le 15.03.2008 par lesableausablier
Chant printanier II
Paris, quitte ce front soucieux,
Vois le soleil dans tes fontaines,
Vois sur les quais des bords de Seine
Déambuler les amoureux!
Dans le parc où erra Verlaine
Le lilas blanc fleurit pour eux
Montmartre sourit et s'il pleut
ça ne dure pas la semaine.
Les moineaux sur les toits chahutent
Et les artistes de la butte
Ouvrent leurs portes aux badauds.
Oui, le printemps est là, Proscris
De tes rues la mélancolie
Et de tes azurs les corbeaux.
Paris quitte ce front soucieux.
Posté le 10.03.2008 par lesableausablier
J’avais de ses sœurs abusé…
J'avais de ses soeurs abusé
Lors il ne me resta plus qu'elle.
Quand consentante elle a livré
Ce que mes sens attendaient d'elle
Sur mes lèvres la bergerelle
Perdit son état de pucelle
J'avais de ses sœurs abusé
ô gai il n'y faut plus songer
A peine eut-elle déposé
Entre mes lèvres extasiées
L'âcre chaleur de sa caresse
Que je fus comme volontiers
Enveloppé d'ondes traîtresses
J'étais lié à ma maîtresse
J'avais de ses soeurs abusé
ô gai il n'y faut plus songer
Lors naviguant sur son nuage
Matelot souquant au bordage
Je m'arrimais à sa façon
Tout me criait souque garçon
Sus marin sus vire au guindeau
Hisse et ho le cap Horn est beau
J'avais de ses soeurs abusé
ô gai il n'y faut plus songer
Entre volupté et mirage
Tout me criait -A l'abordage
D'elle prends tout. Elle dégage
La mer et tous ses coquillages
La mort et tous ses sarcophages
Laisse-toi porter au rivage
J'avais de ses soeurs abusé
ô gai il n'y faut plus songer
Pour moi seul elle dévêtit
Strip-tease aux savantes roueries
Peu à peu comme par magie
Sa blanche robe d'organdi
Qui disparut comme jadis
Sous le Vésuve Pompéi
J'avais de ses soeurs abusé
ô gai il n'y faut plus songer
C’était une vraie gourmandise
Elle glissait sous la chemise
De mon corps des langueurs exquises
Sensation charnelle qui grise
Et je voulais que cela dure
Je me lovais en sa luxure
J'avais de ses soeurs abusé
ô gai il n'y faut plus songer
Sur sa lèvre un coquelicot
Flamboyait vif et pur joyau
J’en entretenais le mourir
Mais je vis son corps consumé
En fumée peu à peu partir
Vers le tombeau d’un cendrier
J'avais de ses soeurs abusé
ô gai il n'y faut plus songer
Quand il ne resta qu’un mégot
Je murmurais : Merci Nicot
J’avais de ses soeurs abusé
Toutes en robe d’épousées
Demain je recommencerai
ô gai il n'y faut plus songer
Posté le 09.03.2008 par lesableausablier
Préciosité
Glacé, un cygne lent à se mouvoir avance
Sa grâce recherchée sous le feuillage d‘or
D’un saule aux mèches drues où tristement s’endort
Une barque oubliée qu’un vent léger encense.
Juché sur le talus d’un chemin qui se perd
En des lointains touffus où l’harmonie ruisselle
D’antiques mélodies aux lyres solennelles
Mélancoliquement un faune joue ses airs.
Du bois proche surgie, une troupe navrée
D’avoir surpris Narcisse en pleurs à se mirer
Dans l’ombre d’une vasque où le soleil déteint.
Exécute trois pas de valse avec entrain
Puis insouciante et vaine où se noie l’horizon
A la gloire du soir mêle son tourbillon.
Posté le 09.03.2008 par lesableausablier
Orphée jeune
Son printemps déjà ouvre en la verdure
Négligeant l'ortie et le pissenlit
D'insolites fleurs la suprématie.
Sa muse polit de fortes gageures.
Tenant en son sac les neufs éléments
Du mal infini, sa jeune nature
Fermente nourrie d'aigres épluchures
Tombées du chaudron fêlé de Satan
.
Crénon ! Vobiscum ! Dessus son fémur
Il jure vouant les littératures
Aux fossés communs de la forfaiture
De donner aux mots d'autres sépultures.
Dans la ruche ainsi l'abeille étudie
Les lignes du ciel et les bons augures
Relookant l'émail des vieilles gerçures
Des miels de la vie elle se délie.
Et vous ô témoins de ses impostures
Rares comme l'or précieux comme lui
Qui le supportez avec bonhomie
Vous grimacerez de ses confitures
Vous détournerez de ses opuscules
Votre œil agacé criant à l'abus
Les cloches au beffroi diront : « il s'englue
A naviguer loin de nos crépuscules. »
Mais lui haut rira en mâchouillant bien
Quelque paille d'or volée dans le foin
De Jouer ses tour aux muses ahuries
D'avoir en leur sein porté ce maudit.
Posté le 08.03.2008 par lesableausablier
Le retour du fils prodigue
Fragment
1
Tiens ! Qui voilà ! Un revenant
Eh ben dis donc t’as pas forci
On causait de toi juste hier
En regardant les prés jaunis.
Trois mois que l’on attend Monsieur
Trois mois qu’on garde ses bastilles
Trois mois que l’on dit c’est fâcheux
Autour des tables de famille.
Les vieux disaient en pelletant
Les neiges du petit matin
-« Il reviendra soyons patients
Avec des sacs d’or plein les mains
Profitant d’un vol d’hirondelles-
- Ou de cigogne, il reviendra
Les minarets de par là-bas
Il leur préfère nos tonnelles ».
2
Monsieur un soir s’est fait la malle
Et depuis, depuis : pas un mot !
Pas la moindre carte postale
Pas d’èsemmès pas de texto
Monsieur voulait je ne sais quoi
Monsieur n’était pas bien ici
Il espérait devenir roi
De quelque exotique pays.
3
Tu nous avais abandonnés
Pour voyager…La belle excuse !
A quoi cela t’a avancé
A rien de rien si je m’abuse ?
L’aventure avec A majuscule
L’histoire en sait les infortunes
On se couvre de ridicule
A vouloir décrocher la Lune.
L’on en revient les traits tirés
D’avoir chevauché les étoiles
On a vieilli, on est ridé.
C’est pas toujours gai les cavales !
Mais te voici enfin guéri
Ta mine est de papier mâché
Ton œil est terne mi fermé
Tes crins mêlés d’or ont blanchi.
4
Monsieur s’étonne. Et alors quoi
Il s’attendait au tapis rouge
A être hissé sur le pavois
A téter de notre vin rouge
Eh bien non pas d’apothéose
Les outils sont là au boulot
Et dépêche toi, les roses
Attendent leur nouveau trousseau.
Le ruisseau demande à fouir
Parmi les prairies refleuries
Et les elfes des bois soupirent
Après les brins de muguets.
5
Tu claques des dents tu as froid
Allume un grand feu de jonquilles
Où ? Tiens ! Sur la prairie là-bas
Et mets du rose aux joues des filles
Et dans leur cœur mets de l’amour
De celui qui fait que l’œil brille
Quand les garçons leur font la cour
Et d’un regard les déshabillent
Et si tu croises février
Qui jette encor sa poudre blanche
Sur les nids aux fourches des branches
Chasse-le ! Balaie ses gelées !
Mais n’annonce pas ton retour
Ça pourrait donner des idées
Aux saint de glace trop pressés
De nous jouer leurs mauvais tours.
Posté le 07.03.2008 par lesableausablier
L’absente
Toi dont le vent s’émeut encor d’un souvenir,
Ô vain, que puis-je ici à t’attendre espérer ?
Le silence meurtri d’envols désenchantés
Succombe sous les traits d’invisibles soupirs.
L’astre premier montant hésite à resplendir.
D’un luth la mélopée au doigt souple échappée
Vagabonde où scintille un rêve émerveillé
Les êtres et les lieux tout paraît défaillir.
Sur l’autel de l’espoir, des fleurs que j’ai posées
Les pétales de soie commencent à pâlir
Tout bruit dans l’incertain d’un doute pétrifié.
L’absence où tu me tiens s’ennoblit du désir
De te savoir au seuil d’un soupçon de rosée
De toi-même occupée pour mieux me convenir.
Posté le 27.02.2008 par lesableausablier
Alors casse-toi pauvre con!…
D'octobre tu connus les vents
Les cieux gris cendre des décembres
Les beautés des neiges d'antan
Les harengs saurs de l'illusion
Et tu ne veux pas condescendre
Suspectant la contrefaçon
A serrer la main du printemps
Tu ne crois pas que ses bourgeons
fleuriront d'autres horizons
D'autres carnavals de saison
Tu doutes des soupes de Pan
Tu veux pas croire en ses jasmins
Alors casse-toi pauvre con!…
Bien sûr tu as mille raisons
De douter du cœur de Néron
De te méfier de ses primeurs
Ses flonflons te laissent songeur
Sa poudre de perlimpinpin
Pour Pâques ou pour la saint Glinglin
Tout ce qui bout dans son chaudron
Ce n'est pas beurre sur ton pain
Ce n'est pas laurier sur son front
C'est parole de souverain
Agitation de faux bourdon
Tu veux pas croire en ses jasmins
Alors casse-toi pauvre con!…
Tes souhaits c'était ses oignons
Juste le temps d'une élection.
Autour de toi tout se défait
L'oseille le blé qu'il promet
C'est dans son champ qu'ils sont semés
Pour toi le chiendent et l'ivraie
Et les matins désenchantés
Tu en sais le prix tu connais
Ce que dit ton porte –monnaie
Ce n'est pas un coin de ciel bleu
Qui va rassasier ta nichée
Tu veux pas croire en ses jasmins
Alors casse-toi pauvre con!…
ENVOI
Basta pour le qu'en dira-t-on
Qu’importe l’éden élyséen
Tu veux plus croire en ses refrains
D'ailleurs il sait que t'as raison
Et te dit de verte façon
Ne fais pas d'ombre à son fronton
Alors casse-toi pauvre con!…
.
Posté le 24.02.2008 par lesableausablier
Bouteille à la mer
A toi qui ouvres ton volet
Qui plonges ton regard d'enfant
Dans le vif clin d'oeil du printemps
Dans le bruissement des guérets.
A toi dont le coeur étonné
Voit plus loin que le jour montant
Plus loin que l'étincellement
Du ciel qu'embrase une clarté
A toi qui cherches des leçons
Dans chaque sanglot de fontaine
Dans chaque fleur de rosée pleine
Où bruyants boivent les bourdons
A toi qui pressens de ces choses
Qui font que se plisse le front
A toi lourd d'interrogation
Sur la brièveté des roses
Que peut promettre le prophète?
Rien! Pas d'impatience, attends!
Chaque heure de la vie a ses fêtes,
Et chaque saison ses printemps.
Nul n'y peut! las, Tout est écrit.
La fleur qui meurt, l'oiseau qui naît
L'ombre que trouble le reflet
Du coeur qui à l'amour survit.
Posté le 23.02.2008 par lesableausablier
Loi anti-fumeurs.
Couverts d’opprobre, intimidés
Sur le trottoir luisant de pluie,
Les amateurs de tabac gris
Le rouge de la honte au front
Se groupent près des cendriers
Pour y assouvir leur passion :
Griller avec mélancolie
Le blanc cylindre d’infamie.
Apparemment indifférents
Autour les passants vont et viennent
Certains s’arrêtent et les plaignent
Grognant - c’est dictat de tyran
Il n’y a rien de plus obscène
Que ces piteux rassemblements
De braves et honnêtes gens
Livrés en pâture aux passants.
Pays des droits de l’homme ô France
Qu’écrirait de toi l’exilé
Sur son rocher de Guernesey,
Qu’écrirait-il en te voyant
T’avancer à pas de géant
Vers la bouche d’intolérance ?
O France pays des bannis
Serais-tu donc à l’agonie !
Oh, sans ouvrir la plaidoirie
Pour défendre la cibiche ici
Qui nous dit-on pollue les gens
N’est-il pas de pires forbans ?
Cancers ! Hypertension ! Ulcères !
Sont fausses notes aux concerts
Des industriels forniquant
Pour gagner toujours plus d’argent.
Alors assez d’hypocrisie,
Assez de mensonges fleuris,
Il est d’autres maux à combattre
D’autres coupables à abattre :
Mettons des radars de santé
Aux rayons des hyper marchés.
Cela me semble plus urgent
Que jeter dans la rue les gens.