Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Les tagueurs
Mon cœur triste bave à la poupe
A.R.
Ayant rasé mèches et houppes
Dans un geste sacramental,
Ils repoussent assiettes et soupes
Ayant rasé mèches et houppes
De cet art portant sur sa croupe
Un terne avenir lacrymal
Ayant rasé mèches et houppes
Dans un gros rire sacramental
Qui fait fuir la bourgeoise troupe.
Sous nos murs, ils ont sué presque
A peindre à larges volées,
Grandioses et sardanapalesques
Sous nos murs, ils ont sué presque
D'un bon geste raphaélesque,
Sous nos nez à peindre des fresques
A brosser à larges volées
Avec un talent rembrantesque
De fulgurantes arabesques.
Quand foulant l'art hiéroglyphique
Plus tard, blanchis sous le harnais,
Devenus des peintres authentiques
Quand foulant l'art hiéroglyphique
Ils feront dans le portraitique
Ils renieront cet art graphique
Qui souille les murs de cités
D'un éclat de rire angélique
Plus tard dans un rire homérique.
En se frappant sur la bedaine
Que sagement ils entretiennent
Avec des ragoût de chez nous
Avec des vins de bas de laine
En peignant vite avec dégoût
En se frappant sur la bedaine
Que sagement ils entretiennent
En peignant beaucoup pour les sous
des vieillards aux grasses bajoues.
SM
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Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Le désert de GOBAH!
Madame en son salon oriental s'ennuie
Alors malgré la pluie, au désert, elle pense
Sahara ou désert de Gobie Qu'importe!
Son désert est immense, avec des dunes gigantesques
Avec des ergs, avec des éboulis, avec des fresques
Peintes ou gravées sur des tables calcaires
A l'abri des siroccos terribles
Qui découvrent les os des pampéros téméraires.
Aventuriers tenaces quelquefois sanguinaires,
tombés dans la poussière de l'or maléfique
qu'ils recherchaient et qui sont morts en solitaires,
Loin du familial cimetière,
ici parmi ces champs de pierres et ces tombeaux anciens
Avec pour fabuleux suaire, le sable d'or et ses pépites,
et ses roses des sables sculptées par les artistes antiques
En montrant au ciel de feu
leur gourde vide mais ne réclamant rien
Que le droit de mourir en hommes.
Madame en son salon oriental s'ennuie.
Elle sent la peur, l'immonde peur rôder sur son désert.
Des lionnes et des lions aux dents de sabre
A la crinière fauve échevelée.
Des lionnes et des lions et leurs petits
Aux ventres ronds, si ronds qu'au sable blond
Leur panse ronde traîne, y font dans l'ombre indigente
d'un baobab où veillent quelques singes insolents,
En grands seigneurs, en maîtres incontestés du territoire
Leur quotidienne sieste, ou bien baille d'ennui
En attendant la nuit et ses humeurs secrètes
Tandis que prestement, les vautours au col nu dépècent
Avec leur permission une charogne infecte
Parmi les troupeaux d'impalas et de zèbres
Qui paissent un rare gazon.
Madame en son salon oriental s'ennuie.
Alors elle voit, car madame a l'œil vif,
Dans un lointain crépusculaire
Où le soleil étire ses longs membres amoureux
Passer le train des caravanes chaotiques
Qui vont à pas lents et comptés
Sur un horizon incertain vers un but problématique.
L'un derrière l'un se poussent graves les chameaux
Avec des chargements énormes sur le dos:
Sel ou tissu des Arabies, alpha, figues de barbarie
Lotus, dattes, tout l'orient dort dans ces colis
Qui à vaux l'eau se balancent d'un rythme égal
Et millénaire comme la sourde mélopée
Que chantent les chameliers pour conjurer les maléfices.
Depuis toujours, ils vont ainsi du nord au sud et retour
Comme attirés par un aimant vers l'oasis salutaire
Et tant pis pour le serpent cobra qu'écrase leur pied implacable
Dans son nid d'épines douillette.
Madame dans son salon oriental s'ennuie.
A cet instant même, elle doute.
Sont-ce bien des chameaux ou bien des dromadaires.
Elle veut compter les bosses, mais la dune en a tant!
Elle hausse l'épaule qu'une gaze protège des insectes ambiants.
" Ce sont des dromadaires, bien sûr, puisqu'ils blatèrent,
Conclut-elle doctrement, en s'épongeant le front.
Pourtant, je croyais bien… mais qu'importe après tout;
Il faut que le désert garde quelques mystères.
De toute façon, à tout dire, Madame, dans sa pampa
Leur préfère les ânes, les petits ânes de Francis Jammes
Qui font non de la tête et croquent des chardons.
Les simples grisons à l'œil doux, les pauvres bourricots qui vont
Suivis par ânesse et ânons, en ahanant, en hihanant
Pour protester à leur manière,
D'avoir à porter cette charge inhumaine
D'un chamelier dodu ( et de son or )
Dont les pieds babouchés jusqu'à terre pendouillent
Indécemment.
Madame en son salon oriental soupire.
Sur son sofa anglais, elle se joue la Récamier
Avec des poses de martyre.
Devant son orangeade tiède, se croit-elle en perdition?
Elle suffoque presque, il fait si chaud!
Sous la lune montante, pas de fraîcheur, et ces hyènes, et ce chacal,
Et ces chacaux et ces hippopotames et ces viaux
Et ces marsupilami, ces marsupiaux? Elle ne sait plus!
Elle est recrue! La mort est là! La mort l'emporte!
Elle va mourir! Elle défaille. Elle est morte!…
Elle passe lourdement sa main d'opales ornée
Sur son pauvre front que la lune rouge illumine.
Mais ce que préfère madame dans cette descente aux enfers
Dans cette traversée du désert, c'est le chant martial du clairon
Qui retentit quand la camarde la saisit de sa main de fer
Et grimaçante l'entraîne vers les abysses sans fond.
"Buvez, Madame, c'est fini! Lui murmure un beau légionnaire
Qui d'un geste galant lui tend une tasse de porcelaine,
Buvez Madame, et s'il vous plaît, ce soir au bal du colonel,
Je retiens la première danse.
Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Fable
De la fenêtre sans rideaux,
Elle surveille la colline,
Le village qui se devine
Au pied des ruines du château.
Elle observe mais sans rien voir.
Dans le square un vieillard jardine.
Les heures d'horloge badinent.
Elle restera là jusqu'au soir.
Assise avec ses souvenirs,
Avec ses illusions perdues,
Avec ce vide dans sa rue,
Avec dans son cœur, ce cotir.
Elle restera à ne rien voir
De ce soleil sur la colline,
De ces lumières dans la piscine,
De ces pigeons sur leur perchoir.
Elle restera à ne rien voir
Jusqu'à la nuit qui illumine
Les arches sombres des usines.
Les pans de mur du désespoir.
Et puis plus rien n'est à médire!
L'histoire fera ses racontars.
Elle repose à Saint Lazare
Dans un tombeau trop grand trop froid.
Et puis plus rien n'est à vous dire.
Le geai a quitté la glycine.
L'eau a verdi dans la piscine.
Le temps n'a cessé de rouir.
Et puis plus rien n'est à médire
L'histoire fera ses racontars
Surtout dans les soirs de cafard
Car le soir c'est déjà mourir!
Mourir lorsque la pièce est vide,
Que l'on fait face à ses rides
Que l'horloge implacable égrène
La grappe sûre des rengaines
Et rougit au cœur les eaux dures
Des remords injustifiables,
Empreintes rouges dans le sable
Qui jusqu'au mourir perdurent.
Et puis plus rien n'est à médire
Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Variation
Quand dans l'allée de lauriers-roses
Tu passais légère en songeant
Parmi les fleurs tôt écloses
Dans ces prairials éblouissants.
Madame, l'ombre te mimant
Songeait aussi, et par osmose
Se faisait des métamorphoses
Qui rendaient le monde plaisant.
Quand dans l'allée de sable rose,
Tu passais gracieuse en dansant,
Heureuse de la moindre chose,
D'une paille au bec du vent,
D'une plume de geai sur l'étang,
La vie effaçait ses chloroses
Quand dans l'allée de lauriers roses
Tu rêvais des amours d'antan,.
Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Je t'aime…
Que ce soit levant ou couchant
Dire et redire la même chose
Tu as gardé ce teint de rose
Pour lequel à tes vingt printemps
Ma main découvrant la prose
Trempant sa plume dans mon sang
Ecrivit sur le tronc du temps
" Je t'aime pour éternellement"
Que ce soit levant ou couchant
Par le piano du virtuose
Ou le pipeau du débutant
Renouer le même serment
Dire et redire la même chose
"Je t'aime pour éternellement
Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Madame de rose vêtue
Madame de rose vêtue
Sert la tisane aux saintes mères
Qui sont de leur couvent venues
Faire leur soumission roturière.
Toujours avec, madame sert
Aussi quelques gâteries.
Elle sait que ces pauvres mères
Font abstinence de sucreries
Et se nourrissent de prières
Arrosées de psaumes latins
De très tôt l'aube jusque fin
Du soir lui aussi austère
Alors madame avec, leur sert
Elle qui fit jadis le tapin
Du côté de la Canebière
De délicieuses gâteries
Pour les remercier de ne pas
Douter de sa foi nouvelle
Madame de rose vêtue
Sert la tisane aux saintes mères.
Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Le colporteur
Avec sa bête, il voyageait
Par les chemins ,par les guérets,
Se poussant de ville en village.
Nul ne savait vraiment son âge.
On ne posait pas la question.
Il faisait partie des saisons
Il était d'un cycle immuable
Comme la fauche ou la moisson.
Quand d'un énergique braiment
Balancé à la cantonade,
Au bourg, son grison l'annonçait,
Les femmes lâchaient leur potée,
Leur lessivage, leur ménage
Et prestement s'endimanchaient
Comme un soir de treize juillet
Pour des achats indispensables.
C'était un joyeux compagnon.
Si paysan ou bûcheron
Mettait pour une heure son veston
Et s'asseyait au banc d'auberge
Pour lui faire le conversation
.Il buvait franc le piqueton
Levant son verre à la gamberge
De la vie et de ses leçons.
Les vieilles et les jeunes du pays
Qu'il avait vues au banc d'école
Toujours en tout bien tout honneur
Avec lui causaient sous le saule
Lui confiaient leurs peines de cœur
Celles que l'on cache au curé
Par respect pour celui qu'on prie
Le dimanche devant l'hostie.
Il savait toutes les chansons
Que la France d'en bas chantait.
Si son âne pour un chardon
Au bord du talus faisait halte.
Il s'asseyait sur un basalte
Sous l'ombre bleue d'un olivier.
Il se donnait un récital
Avec une fanfare de cigales.
Pas besoin de faire un dessin,
Il connaissait tous les besoins.
Son bon visage s'éclairait
Quand anticipant la demande,
Il satisfaisait la commande
De trois boutons et d'un carnet.
Il offrait avec l'almanach
Qui dit comment guérir ses plaies.
Aux bougres qu'il voyait courir
D'un bout à l'autre de l'an
Pour des histoires d'eau ou de vent;
D'un bout à l'autre du pourrir
Qui gâche cent fois le métier
Et cent fois se prive du pire.
"Vous prendrez bien temps de mourir",
Disait-il dans un sourire,
Il avait son temps pour rien faire.
A chacun, au sortir d'hiver,
Il détaillait joies et misères
Des mois de gel dans la vallée,
Mois qu'on choisissait pour mourir
Pour profiter de ce suaire
Que le ciel répand sur les blés
Comme un cadeau d'anniversaire.
Ainsi, il allait d'an en an,
Changeant d'âne de temps en temps
Vendant ses fils et ses aiguilles,
Ses almanachs, ses pacotilles
En donnant à chacun son cœur
Donner n'est pas bonne habitude
Si l'on espère la fortune
Mais cela n'était pas son choix.
Puis un printemps il ne vint pas
Et puis l'été et puis l'automne
Et puis la vigne dans la tonne
Et puis encore des saisons.
Il fallut descendre à la ville
Chercher son fil et ses boutons
Et l'habitude s'installa
Dans le bruit des automobiles.
Par les chemins, par les sentiers
Avec son âne, il voyageait.
Maintenant c'est dans les nuages
Et dans nos mémoires qu'il voyage.
Il faisait partie des saisons.
Il a changé de paysage
Le voici entré dans l'histoire
Comme la fauche et la moisson.
SMR
Posté le 28.02.2007 par lesableausablier
Rondeau
En criant à Dieu: Never More!
Par les routes des cieux , les âmes;
Les chères âmes, sur l' macadam
S'enfoncent dans le val des morts.
Elles vont dissimulant leurs drames
Aux anges -gardiens et pandores
Vers quelque inévitable port
Par les routes des cieux les âmes
Avec des ardeurs bas de gamme
Les âmes voyagent encor
En cherchant en vain l'ancien nord
Sans cymbales tambour et tam-tam
En criant à Dieu Never more.
Posté le 24.02.2007 par lesableausablier
Le condamné
Entre les murs de sa prison
Il comptait les jours les semaines
Rongeait le frein de sa déveine
Voyageait aux mortes saisons
Rêvait de forêts ou de plaines
d'odeurs de foin ou d'estragon
mais pas des roses ou des femmes
Qui font trop chanter leurs parfums
Il se savait déjà défunt
Dans le plus secret de son âme.
L'âpre liberté du poète
Entre les murs de sa raison
Le grisait souvent de ses sucs
Ce n'était que songes caducs
Acides notes de trompette
Il enviait François Villon
Se prenait même pour Verlaine
Mettant le feu à ses passions
Pour quelque douçâtre rengaine
Pour quelque froufrou de chiffon.
Au travers des barreaux sinistres
Montaient les bruits de la cité
Comme une drogue qu'administre
Lucidement la société
ne valait-il pas mieux mourir
Rendre cette clef du non vivre
Aller ou rien ne peut vous suivre
Que de demeurer en instance
Vieux rafiot qui se sent pourrir
En cale sèche d'existence.
Les nuits de stress ou de cafard
Quand la lune rousse déploie
Dans l'éther son fâcheuxpavois
et qu'ils ruent tous dans les brancards
Il décomptait ride après ride
Comme le fait la chrysalide
Le temps de changer de saison
de devenir ce papillon
Ivre d'espace fol d'illusions
et réclamait la pendaison.
Entre les murs de sa prison
Il comptait les jours les semaines
Rongeait le frein de sa déveine
Voyageait aux mortes saisons
L'inhumanité c'est perpette
Hurlait-il comme aboie un chien
Vos lois aussi sont malhonnêtes
Chacun doit gérer son destin.
smr
Posté le 23.02.2007 par lesableausablier
Tu te toi ni personne
Mon coeur te cherche
te loue
laboure tes terres
dort sur tes mousses
boit à ta source
n'aime rien ni personne
que tes vergers tes fleurs tes fruits
mon coeur te cherche
te loue
ce que tu touches ce que tu vois
ce que tu portes dans tes cils
c'est sa moisson ordinaire
Il en distille la lumière
et n'en a pas modération
Mon coeur te cherche
te loue
mon coeur te sait
te tient
dans sa parole
dans ses mots est ta semence vraie
ta prairie
de son embellie est la coupe
tu es parmi ces mondes
où tout se contraint s'affadit
l'harmonie qui tout justifie.