Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Le sonnet narcissique
Le voici donc enfin ce sonnet surprenant
Qui dans l'eau d'un étang mirant sa couperose
Pareil à un Narcisse s'admire et dit:" la rose
Moins que moi a porté la beauté dans son champ.
Tu n’es pas allé loin, sonnet qui voulut fuir.
Un géant était là pour te saisir la main
Et t’ordonner : « Bonhomme, cela suffit reviens.
Etre Sonnet Fuyant n’a guère d’avenir. »
Ressaisis-toi faquin ! Et cesse de gémir
Tu seras entonnoir. Le temps, subtil venin
Dans ta gorge cherra alcool élyséen
Brûlant comme l’enfer, doux comme le plaisir.
Un autre envisageant t’asseoir au panthéon
Te fit te dédoubler comme un double menton.
Tu devins sablier jurant comme un tocsin.
Enfin c’est ce qu’on dit. Mais fi des coteries !
La vérité est autre : dans l’étang de la vie,
Tu te prends pour Narcisse et t’admires sans fin.
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Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
A la grand messe.
L'assemblée des fervents
à la peau molle et grise…
P.Guenot
j’ai connu les églises avec du monde dedans.
Linda Lemay
Pas amicale ! Pas ! Avec la religion.
Mais Rimbaud le fut-il avec la poétique ?
Il faut de temps en temps taper sur la bourrique
Pour la faire avancer et aller au charbon.
Mais elle n'aime pas recevoir de la trique
Alors quand on la fesse que le rameau soit bon
Prendre de préférence un robuste bâton
Cueilli dans la mi-nuit sous l’astre romantique
Lorsque les diablotins sortent de leur tanière
Pour aller de Satan dans quelque messe noire
Annoncer sans retard la prise de pouvoir.
Mais tout de go ainsi à l’heure du café noir
Sortir de leur fourreau le sabre et la rapière
C’est comme déguster un grand bol de curare
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Critiquer les critiques !
Critiquer les critiques. Oulala quelle affaire !
Ils sont dieux! Ils sont rois! Princes condescendants!
Sans eux rien ne se fait ! Sans eux rien ne se vend !
Avec eux il vaut mieux ne pas croiser le fer.
Partout où tu iras comme ils n’ont rien à faire
Ils seront ! Patelins méfiants montrant les dents.
Soldatesque grotesque taillant tranchant sabrant
Et de tes hauts écrits dépèceront la chair.
Tu n’y peux rien changer. Ils sont incontournables.
Si tu veux que de toi et de tes œuvres d’art
Ils disent quelque bien Invite-les à table.
Ils fourchettent assez bien, Leur palais est royal.
Si tu veux des bravos, c’est nectar et caviar !
Sache très bien choisir ta carte et tes étoiles.
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
16 millimètres
Le paysage est intérieur
On voyage dans son espace
Comme la lumière dans l’eau
Comme la Terre dans l’éther
Rien n’est fait rien n’est à faire
Que de regarder au miroir
Le temps qu’on ne connaîtra pas.
Le regard d’un oiseau
Le parfum d’une fleur
Le rire d’un enfant
La musique d’un arbre
Et l’amour que nous porte la femme
Sont les pensées du monde.
Tout ça n’est pas prétexte à dire,
On ne joue pas au mot à mot
Surtout quand on se lève tôt
Et que l’on a traduit tant
Les chants d’oiseaux
Qu’ils n’ont plus rien à nous dire
De l’universelle matière.
Tout ça appartient au bonheur
Comme la lueur à la flamme
Comme le frisson à la joie
Comme au silence la pensée
Comme la baguette au tambour
Nous souffle aussi Germain Nouveau.
Tout cela n’est pas cinéma
Malgré l’écran malgré le noir
Tout cela vit dans son présent
Et se cherche un avenir
Parmi les feuilles éparpillées
D’un passé à jamais gravé
Sur la pellicule noir et blanc
Du grand écran de l’existence.
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
*Juin
Variations
N’a pas cueilli la rose
Dans le jardin du temps.
N’a pas cueilli la rose
Mais l’a tant respirée
Que son parfum d’espace
Que son parfum de rose,
Sur elle, s’est fixé.
N’a pas cueilli l’amour
Dans le jardin du tendre.
N’a pas cueilli l’amour
Mais l’a tant appelé
Que son rêve de femme
Que son rêve d’amour,
En elle, a espéré.
N’a pas cueilli la vie
Dans le jardin des hommes.
N’a pas cueilli la vie
Mais l’a tant approchée
Que son besoin de vie
Que son besoin de bras,
Bientôt va l’étouffer.
smr
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
noir et blanc
En négatif tu poétises
Comme une voix qui vocalise
Ce que l’écho va refuser.
Avec toi tout est noir et blanc
Dans la confusion des senteurs
Qu’irise ton iris charmeur
Sur le linceul de mes pensées
Tu siffles et trilles sans couleur
A grands traits de charbon rageur
Des tags à peine ébauchés
Mais si précis d’entendement
Qu’oublier et l’heure et le lieu
De qui ne fut que concision
N’est que pirouette d’enfant
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Variations
Je veux descendre de ton train
Tant pis si la gare est lointaine
S’il n’y a à faire plus rien
Qu’à se perdre dans le désert
Tout sera mieux que ce néant
A fatalité incertaine.
Je veux descendre de ton train
Tout sera mieux que ce néant
Que cet arc en ciel fuyant
Qui dérobe au pas de l’amant
Sa passerelle de lumière
Ses fenêtres ouvertes sur rien.
Comme une vague d’océan
Que refuse le paillette d’or
Des édens inconséquents
Je veux renoncer et me fondre
Dans l’assemblée des petits mondes
Que sont les amours ordinaires.
Je veux descendre de ton rien
Déchirer mes pas sur la pierre
Voir couler mon sang et ma sève
Pour nourrir les plantes du temps
Tout sera mieux que ce néant
A fatalité incertaine.
Posté le 12.03.2007 par lesableausablier
............
Imagine la pluie farouche sur les vitres
Par où entre la nuit
Vide de sens
Imagine un cheval à l'arrêt dans les herbes
Grattant d'un sabot dur
la terre déchirée
Imagine un atelier sinistre une machine
Sifflant et bavant l'huile
sur un homme aux mains nues
Imagine un logis
à la table défaite
Au buffet vide aux enfants affamés
Imagine une femme jeune et belle
étendue dans sa robe de mariée
dans un cercueil que l'on va clouer à jamais
Au coeur d'une ville inhabitée
Imagine un poète aux mains figées
Devant la feuille blanche
Imagine penchés sur les berceaux des hommes
ceux qui les ont enfantés
Et qui ont honte
et qui se tordent les mains d'impuissance
Imagine le pain noir
la galette sans sel
Puis ouvre justement le livre du devoir
Pour que pénètrent en toi
Les océans du monde
d'où tout commence
où tout finit
dans le même chant de matière
Posté le 12.03.2007 par lesableausablier
Hommes sans visage
Vous des ruines vous du sang
Vous des villes sans mirages
Aux murailles qui respirent
Pour des rues sans consistance
Vous des églises sans prêtres
Vous des glas perpétuels
Vous des cloches sans battants
Aux musiques végétales
Vous des églises moroses
Aux statues muettes et vaines
Aux rosaces comme des yeux
Gardiennes de ce qui dérobe
Je vous invente je vous façonne
Comme des meubles fréquentables
Par les gestes quotidiens
Par la parole qui confirme
Vous liés aux éléments
vous des mines vous des tempêtes
Vous des heurtoirs insolents
Vous des foyers d'a propos
Par l'envie par le soupir
Par les élément de l'ambiance
Les carrières éclatées
Où la pierre se veut tendre
Vous des villes sans enfants
Bâties comme des cathédrales
Pour des crépuscules feints
Aux angélus tragiques
Vous des nuits sans réverbères
la respiration des toits
Le secret des lits fermés
Sur la mouvance des ventres
Vous des spectres condamnés
Aux solitudes pesantes
loin des manoirs enracinés
Au bord des mémoires cruelles
Vous des écharpes dérobées
Par le premier oiseleur venu
A errer dans nos silences
Plus chers que les chers compagnons
Aux vitrines de l'hiver
Vous des fouets vous des déserts
Vous des sables multiformes
Où l'eau cherche à respirer
Je vous invente je vous façonne
comme des meubles fréquentables
Par les gestes quotidiens
Par la parole qui demande
Par l'envie par le soupir
Par le dénuement des syllabes
Par les éléments d'insouciance
Par l'enlisement des pleurs
Vous de la mort vous du mystère
sur la bêtise et l'ignorance
Vous des sépultures d'automne
Délivrances appelées
Vous des anonymes tombeaux
Votre apparence de chien battu
Dans les rumeurs trop fondées
Que les coquillages colportent
Vous des hésitations de serrures
Sur les plages blanches du songe
Je vous invente je vous maçonne
comme des meules fréquentables
Par les gestes quotidiens
Par la parole qui demande
Par l'envie par le soupir
Par les élément de l'absence
Vous des miroirs que l'on brise
Sur les tables de la loi
Mais que rien ne peut gommer
Existant d'avoir été
Vérités à face d'ange
Qui demeurent impérissables
Table où le couvert est dressé
Pour des concurrences nomades
Vous des complots vous des propos
Nids les comètes muettes
Nids les puits mal abreuvés
Vin dispensable au banquet
Quel banquet le dur banquet
Vos rires de mouche putride
Sur les blessures des hauts-fonds
Domaines des Léviathans
Je vous invente je vous façonne
comme des meubles fréquentables
Par les gestes quotidiens
Par la parole qui demande
Par l'envie par le soupir
Par les élément de l'absence
Par la présence construite
par l'inviolable serment
Vous des couteaux vous des détresses
Vous des amours incontrôlées
La plus juste des merveilles
La fille au corps hésitant
Les conseils du crépuscule
Pour affoler le néant
les processions aux chants sordides
la croix le sang sur les mains
Vous des cimes inaccessibles
La longue marche vers l'homme
D'autres animaux en périrent
Que ces mouflons au cuir épais
Vous des batailles oubliées
Qui surgissent des décembres
Vous des jours qui meurent sans gloire
par Opacité et violence
Vous qu'on méprise vous qu'on blesse
Par des discours de comptoir
Par des coups de pied indiscrets
Comme au chien dessous la table
Par les gestes du quotidien
Par la parole qui demande
Par l'envie par le soupir
Par les élément de l'absence
Je vous salue de tout mon corps
Je vous salue par chaque pierre
Que l'on a su si bien jeter
A la misère a la souffrance
Je vous salue pour ces orties
Que respecte votre sommeil
Je vous salue d'être mes frères
Sur toutes les tombes creusées
Je vous salue pour ces soupçons
Pour la dure réalité
De ce néant qui se projette
sans foi ni loi sur nos amours
Je vous salue pour ce profond
Ombre géante sur la montagne
Bec d'oiseau entr'ouvert
Crâne du temps parmi les os
Je vous salue vivant et fier
Dans le repos au crépuscule
Par l'apaisement naturel
En qui pardonne qui s'isole
Posté le 12.03.2007 par lesableausablier
Bienveillances suspectes
Sans rimes ni chanson
Aux lèvres comme on dit
J'allais gauler les noix
Au verger du vallon
Halte m'a dit la bise
Qui soufflait sur mes doigts
Mouille pas ta chemise
Je gaulerai pour toi
Chargé comme un mulet
J'allais à l'onde bleue
Blanchir sous le battoir
Le linge du devoir
Halte m'a dit l'eau claire
Sous son chapeau d'écume
Sur mes roches calcaires
Je blanchirai pour deux
J'allais faucher les foins
Couper l'herbe aux lapins
Engranger le regain
de l'arrière saison
Halte m'a dit la faux
Avec larmes et sanglots
Tu risques mal au dos
Je faucherai pour toi
N'ayant plus rien à faire
J'allais sur la bruyère
Effeuiller ma bergère
De la bonne manière
Halte m'a dit Eros
qui passait au chemin
Jusqu'à la fin du jour
J’effeuillerai pour toi
Alors hissant les voiles
De mon plus beau voilier
Vers de lointaines escales
Me mis à naviguer
Halte me dit la houle
La mer est encombrée
De mille bateaux ivres
tu pourrais t'y noyer
Je me mis dans mes draps
Et j'appelais la mort
Qui unique encor
Est remède à l'ennui
Je veux bien me dit-elle
T’emmener loin d'ici
Mais avant promets moi
De mourir en poète