Posté le 18.03.2007 par lesableausablier
La quête de soi
Toi qui m'observes en silence
Que cherches-tu en moi passant
Qui ne suis que ton faux-semblant
L’image masquée de tes sens ?
Je cherche en toi ma douce enfance
L'enfant rêveur le chenapan
Que charmait la flûte de pan
Dans les prairies feues des vacances.
Je viens quêrir l’or du poète
Celui qui fait tourner les têtes
Mieux qu'un alcool vieilli en fût
Cette pépite du hasard
Qui chasse loin de l’avenue
Des quotidiens le tintamarre.
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Posté le 18.03.2007 par lesableausablier
Le miroir
Je suis un miroir un peu flou
Mais si l’on sait comment me prendre
Je peux par désir de surprendre
Montrer beaucoup car je vois tout
Si je m’ennuie à mon licou
J'ose parfois du mur descendre
Pour sur le parquet me répandre
En sept ans de malheur sur vous
Mais quand c’est Noël et que danse
Dans les salons émerveillés
La flamme vive de l’enfance
Alors Familles en moi venez
Je vous ouvrirai sans créances
Les portes des bonheurs passés
Posté le 18.03.2007 par lesableausablier
NOEL ANCIEN
Me v’ la encor au bord d’ la route
J’ai rien fais pourtant d’ pas sérieux
Chaque jour je vais gagner ma croûte
Chaque dimanche prier Dieu
Les pigeons dans ma cour roucoulent
J’ ferais pas d’ mal à une fourmi
Si quelquefois je cuis une poule
Je la fais tuer par un ami
J’ignore tout d’ la politique
Je vais voter j’ suis citoyen
Je choisis le plus sympathique
Quand j’ glisse dans l’urne mon bulletin
La fortune c’ n’est pas mes oignons
Je me contente du peu qu’on m’ donne
Je me satisfais d’un quignon
Je croque sagement la pomme
Les journées aux journées ressemblent
Mon loisir s’ coule au potager
Un mouchoir de suie qui me semble
Plus spacieux que le monde entier
J’y passe mes soirs mes dimanches
A cultiver mes tubercules
J’aime l’arrangement des planches
Que poudre d’or le crépuscule
Alors bon dieu d’ bondieuserie
Je ne comprends pas c’ qui m’arrive
Jamais je ne manque au logis
Lorsque le pain va à dérive
J’sais plus quoi faire pour que ça aille
Dans mon recoin je me tiens coi
Je supporte les cris d’ la marmaille
Ma femme qui dit n’importe quoi.
J’endure autant que faire se peut
Les lourds soleils les tristes bises
M’ disant qu’ c’est pas pis qu’ mes aïeux
Qu’avaient pour seul bien leur chemise
Chers anciens aux muscles de fer
Qui besognaient pauvres glaiseux
Le dos arrondi par la terre
Quinze heures par jour comme des gueux
Me v’ la donc au bord de la route
L’ poitrine en feu l’ cœur défaillant
A n’aspirer au goutte à goutte
Que de rares pincées d’air bouillant
J’ veux bien crever la bouche ouverte
Comme un poisson dans l’asphyxie
ça ne sera que petit’ perte
Satan même en serait ravi
Mais mourir au bord d’un chemin
Quand les enfants chantent noël
Le regard brillant sur l’ sapin
Où brille l’étoile éternelle
Me semble pis qu’une injustice
Un châtiment peu mérité
Alors mon bonhomme ho hisse
Faut pas te laisser embarquer
Car si la France est aux bourgeois
En train de fendre la volaille
Leur ventre dans l’ froc à l’étroit
Entourés de leur valetaille
Le ciel de Dieu est à chacun
Mais faut savoir le mériter
Et faire dans l’instant un défunt
Me semble être une lâcheté
Alors mon bonhomme ho hisse
Hisse la grand voile et debout
Le vent de l’amour est propice
Remets de ta mort l’ rendez-vous
Quand l’enfant jésus dans la crèche
Promet le bonheur aux maudits
Si le cerbère du néant t’ lèche
Chasse-le pense à tes petits
Ne leur gâche pas cette fête
Ils l’attendent depuis si longtemps
Ce nounours et cette trompette
Ne sont sans toi pas des présents
Encor cette fois soit fort
Toi qui n’en fis jamais pratique
Pour une fois dis à la mort
De remettre à demain l’ouvrage
Qu’elle t’a préparé dans son fort.
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Jouet brisé
J’envoie mes mots poste dormante
Dans les boîtes aux lettres du net.
J’apprends à lire vos silences
Mes boîtes aux lettres du matin
Le soir
je pèse mes propos
Sur la balance du destin.
L’absence pèse
Pèse pèse.
Pèsent pas trop les nouvelles !
pas
J’envoie mes mots poste dormante restante
Dans les boîtes aux lettres du net.
Celui-ci dès vingt ans à peine
A jeté
par-dessus bord
Crayons stylos et consorts
Pour rendre inaccessibles
Les joyaux de sa poésie
Nous en récoltons les fruits
et le sel
la
J’envoie mes mots poste restante
Dans les boîtes aux lettres du net.
Adossé à la dune des lettres
Un grand loup blanc lit en fumant
Une pipe d’os de seiche
Sait-il qu’un ange
par-dessus son épaule rit
pei
J’envoie mes mots poste restante
Dans les boîtes aux lettres du net.
En ce temps de force primaire
La voix du canon s’entend
A mille lieues à la ronde
Mais c’est spectacle sur l’écran.
N
J’envoie mes mots poste restante
Dans les boîtes aux lettres du net.
Inaccessible la sagesse
mythe ou réalité
morte
mort-née
conte de fée
pendue à sa réalité
comme un songe à la plume du poète
Aussi désuète
Qu’un feu de paille
sur la mer.
e
J’envoie mes mots poste flottante
Dans les boîtes aux lettres du net.
L’homme laboure
L’araignée tisse
Le vent entasse aux greniers
Le quotidien de nos hantises
Le ridicule de nos gloires
L’inaccessible et démodée
fureur d’être et de paraître
Dans la malle passe muraille
Du bon vieux temps recomposé.
de
J’envoie mes mots poste restante
Dans les boîtes aux lettres du net.
Fut soi-même fut un autre
en son temps en son heure
sut cueillir les lilas
ou
les pommes
fut un enfant
fut un homme
sut être
sut n’être pas
en jonglant
avec les baballes
des soldats morts
glorieusement
malencontreusement
sur les champs de bataille du monde
Sut devenir un beau vieillard
Fut mort
et ne le sut pas
amen
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Lettre de poésie
J’envoie mes mots poste restante
Dans les boîtes aux lettres du net.
Le poète est un pêcheur à la ligne
Dissimulé dans les roseaux
il attend que la lune morde
au chiffon rouge de sa crainte
c’est
J’envoie mes mots poste restante
Dans les boîtes aux lettres du net
L’homme élève plus de murs
Qu’il n’en abat
mais écrit des poèmes
à la gloire de la liberté
Pour
J’envoie mes mots poste restante
Dans les boîtes aux lettres du net
jouet usé vieille rhétorique
machine à vapeur
char à bœufs
ton charme
ne se justifie plus
rire
J’envoie mes mots poste voguante
Dans les boîtes aux lettres du net
par
facteur tu nous trouveras
après vingt heures et mille pas
au détour d’une page blanche
ou sur l’écran de nos bécanes
A baîller comme des îles
au milieu de leur océan.
peur
J’envoie mes mots poste vacante
Dans les boîtes aux lettres du net
d’en
b
a
îl
l
e
r
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Le langage des fleurs
Le jour que le roi l’entrevit
Cueillit des brassées de lilas
Les mit dans un vase de choix
Et les respira en silence
Le jour que le roi lui sourit
Deux tulipes d’or a cueillies
Les déposa dessus son lit
Et les contempla à l’envie
Le jour que le roi lui vola
Dans la galerie un baiser
Coupa trois roses et les garda
Se crut pour toujours en été.
Le jour que le roi l’effeuilla
Naïve et presque comblée
D’avoir plus que reçu donné
De rouges anémones sema
Le jour qui le roi partit
Sema à l’entour des soucis
Et plus jamais ne se sourit
Dans l’eau limpide du puits
Le jour que le roi prit reine
Se piqua l’âme avec la ronce
D‘un noir suaire se couvrit
Et partit mourir chez les nonnes
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Scène de ménage
(en deux sonnets)
Je n’ai jamais ouï de vers si bien tournés
Molière ( le Misanthrope)
Lui,
(Se grattant le nombril avec délectation)
Oui ! Je viens dans l’instant que vos bras blancs s’affairent
A encombrer la table de mets plus que suspects,
Comme ça brusquement de commettre un sonnet ;
La muse ayant frôlé mon âme solitaire.
Méditant les zigzags de l’obscur martinet
En appréciant le goût d’une mousseuse bière
J’étais là, bien calé au creux du rocking-chair
En attendant d’aller penser au cabaret.
Quand soudain une envie plus qu’inhabituelle
Sans façon m’a poussé à saisir un stylo
Et les mots ont coulé, trombe providentielle.
J’étais porté par eux comme est portée par l’eau
D’une mer infinie la blanche caravelle.
ô muse ô sonnet, j’avais enfin des ailes.
Elle
(Essuyant ses mains sur un vague torchon)
Un sonnet dites-vous ! Diantre, la belle affaire !
Et de quoi est-ce fait ? Est-ce un mets de gourmet ?
Et d’où le sortez-vous ? Brocantes ? Cabaret ?
C’est peut-être un cadeau de votre chère mère…
J’ignorais sans vouloir vous en faire procès
Que vous vouliez œuvrer à remplir la soupière
Est-ce très demandée, cette chose…Un sonnet ?
Et qui est cette muse ? La jeune cafetière ?
Lui
( soupirant comme un vent mistral )
Il est fait de ceci qu’il a quatorze vers,
Que chaque vers a eu sa douzaine de pieds
Et qu’il est costumé en quatrains et tersets
Elle
(pensant à ce que vont dire les voisins)
Quatorze vers c’est peu. Peut-être pourriez-vous
En mettre quinze ou seize pour gonfler le ragoût ?
Lui
(Soupir)
Je le ferai Madame, mais après le dessert.
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Coeur d'or et jeu cruel
La main qui t'a las effeuillée
Marguerite je la connais.
C'est la même qui a blessé
A jamais mon coeur de ce trait
Dont l'indélébile souffrance
Me suivra dans l'éternité.
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
Sonnet sur un sonnet
Même mon chien fidèle qui pourtant lit l'express
(Et dieu sait si l'express est un journal de choix)
Devant un tel sonnet a donné de la voix.
J’ai l’oreille échouie de ses cris d'allégresse ...
Il a, dit-on, lapé le petit blanc de messe
Dans la coupe d'un prêtre, pour se désaltérer
Après avoir au ciel des heures aboyé
Sans avoir l’apostat passé lors à confesse
Et depuis en bon chien dressé à admirer
il récite et déclame ce chef d'oeuvre parfait
En veillant à ne pas par ses soupirs de liesse
De mes siestes troubler le rituel sacré.
Hier au soir il m'a dit: « je pars. C'est décidé.
Je monte au saint des saints, louer ma poétesse. »
Posté le 14.03.2007 par lesableausablier
MATINALE
De la nuit l’ombre bleue traîne sur le matin.
La nature dort encor dans les bras du soleil.
Les roses engourdies lentement s’ensoleillent.
Il pleut des perles d’or sur les fleurs du jasmin.
Dans le jardin urbain, le buste de Rodin
Posé sur un tapis de tulipes vermeilles
Semble écouter de l’eau arrosant les corbeilles
D’une oreille attentive le naturel refrain.
Le jour se montre enfin entre deux bancs de brume.
Il neige de l’argent sur les toits citadins.
Un merlot appliqué baigne son noir costume
Dans la flaque oubliée par l’averse nocturne.
Et l’ange du néant s’envole vers Saturne
Sur un cheval volé au coche herculéen.
*
Comme un pierrot lunaire qui joue sur sa cithare