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Histoires d'arbres: Le gibet

Histoires d'arbres: Le gibet

Posté le 07.12.2007 par lesableausablier
Le gibet


(fantaisie) dédiée à F.Villon.


Je suis l’arbre nu des pendus,
Le cher gibet de vos notables.
Malgré mon humeur exécrable
Et ma poutre un peu vermoulue
Je me juge encor présentable
Digne d’accueillir les pendus.

Jadis en des temps mémorables
J’ai grandi et longtemps vécu
Dans une futaie agréable
A la saison, claire ou touffue.
J’avais des voisins acceptables
Et de voisines bien branchues.

Les ans s’écoulaient délectables.
Des poètes parfois venaient
S’asseoir sous mon ombrage affable
Pour y composer leurs sonnets
Qu’ils déclameraient à leur table
Entre deux coups de beaujolais.

Une source du sol venue
Entre deux toiles d’araignées
Jaillissait dans mon pied moussu
Pour aller muser dans les prés
En chantant d’une voix ténue
Le grand air de la liberté.

J’aurais pu vivre ainsi mille ans
Caresser les cieux de ma cime
Juger les hommes pour leurs crimes
Fouiller du bout de mes racines
Les effroyables continents
Où Lucifer tient ses usines

Mais la cognée d’un bûcheron
Sans aucune considération
A fait basculer mon destin
Alors que touchait à sa fin
L’hiver et que mai réveillait
Les jeunes tiges de l’année.

Ebranché écorcé traîné
Débité en en poutre et en planche
Par les outils du charpentier
Ce ne fut pas tout jour dimanche
Pour devenir sur le pavé
Cet arbre horrible pour nuits blanches

Des brigands j’en ai vu beaucoup
Chacun savait mourir en hommes
Mais tous ils appelaient leur mère
Quand mon licou palpait leur cou
Mon grand regret ce fut en somme
De ne pas balancer Macaire.

Je suis l’arbre nu des pendus
Les gamins imitent en riant
Le cri de mes corbeaux repus
Et l’étrange balancement
De mes invités corrompus
Par un trop long désoeuvrement.

Mais demain je passe la main
Je range ma corde et ma poutre
Le progrès nul ne passe outre
Il y a toujours meilleur vin
On installe une autre machine
Œuvre du docteur Guillotin.

Je suis l’arbre nu des pendus
Le cher gibet de vos notables
J’ai dominé longtemps la rue
Mon passé est donc honorable e
Et l’histoire me tiendra la main
Pour entrer au musée Grévin
En la compagnie de Mandrin.



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