Posté le 06.04.2008 par lesableausablier
A gestes délicats
En mémoire de Francis jammes.
La vallée reverdit. L’abeille d’or y vole.
O si discrètement que c’est un cil battant
Sur les fleurs des vergers que son bourdonnement.
Ecoute bien. Entends le premier rossignol.
L’artisan du printemps mène la farandole.
Des temps nouveaux on sent le doux affairement.
Dans la prairie l’ânon aux yeux intelligents
De son oreille plate éloigne les bestioles.
A l’orée des futaies sourit la primevère.
Un papillon gracieux pose une tache claire
Sur le gazon jauni de la vaste prairie.
Ce n’est pas du muguet. Ce n’est pas du lilas.
Mais on cueille déjà à gestes délicats
Des violettes là-bas et des baisers ici.
Posté le 06.04.2008 par lesableausablier
L’âne
J’aime l’âne si doux
Marchant le long des houx
(Francis Jammes)
L’âne pour toi n’est pas si bête
Il parle aux étoiles souvent
Il vagabonde dans sa tête
Comme les papillons aux champs.
Il paraît que c’est un poète
Tu crois qu’il a des yeux d’enfant
Et que les muses lui font fête
Quand au paradis il se rend
Il fait mieux que l’homme sa tâche
Entre deux bouchées de chardon
Au grand jamais il ne se fâche
Si le houx blesse son menton
Il ne parle pas il écoute
La guêpe et même le bourdon
Qui quelquefois croisent sa route
Au hasard d’une fenaison
Dans l’eau glacée qui semble claire
Il met les rosées du printemps
Le merle en cueille la lumière
Pour en embellir son plain chant
Il est l’âne aux plates oreilles
Plein d’indulgence et de pardon
Pour les cancres qui font merveille
Loin des cours de récréation
Et les enfants le savent bien
Qui pour quelques hi han sonores
En se piquant souvent les mains
Pillent pour lui les meules d’or
L’âne bien sûr n’est pas si bête
Il nous donne beaucoup d’amour
Il paraît que c’est un poète
Mis par le parnasse hors concours.
smr
Posté le 05.04.2008 par lesableausablier
Dans le jardin de Valéry
A paul Valéry, (poète) en visitant le cimetière marin qu'il a chanté et où il repose pour l'éternité dans les hauts de cette (sète).
Dans le jardin de Valéry
Où l'on peut lire en lettres d'or:
"Ici, passants, dorment les morts
Ici, passants veille l'esprit."
Perché sur un rameau de buis
Dans l'heure où s'assoupit le port
Un rossignol chante la vie
Et sa couvée prête à éclore.
Dans le jardin de Valéry
Où l'on peut lire en lettres d'or
Dans l'heure où la mer s'assagit:
"Ici s'entrouvre un autre port,
Ici même les dieux sont morts
D'avoir touché à l'infini."
Qu'importe bâbord ou tribord
La vérité sort de son puits.
Ici où seuls les crânes rient
D'ouvrir la boîte de pandore
Et de vous voir passants encor
Espérer le vert paradis
...Dans le jardin de Valéry
smr
Posté le 05.04.2008 par lesableausablier
A gestes délicats
En mémoire de Francis jammes.
La vallée reverdit. L’abeille d’or y vole.
O si discrètement que c’est un cil battant
Sur les fleurs des vergers que son bourdonnement.
Ecoute bien. Entends le premier rossignol.
L’artisan du printemps mène la farandole.
Des temps nouveaux on sent le doux affairement.
Dans la prairie l’ânon aux yeux intelligents
De son oreille plate éloigne les bestioles.
A l’orée des futaies sourit la primevère.
Un papillon gracieux pose une tache claire
Sur le gazon jauni de la vaste prairie.
Ce n’est pas du muguet. Ce n’est pas du lilas.
Mais on cueille déjà à gestes délicats
Des violettes là-bas et des baisers ici.
Posté le 05.04.2008 par lesableausablier
Les pensionnats d’autrefois
O les pensionnats d’autrefois
Le réveil brutal aux aurores
Le pion militaire, le froid
Qui rongeait l’esprit et le corps.
L’uniforme galonné d’or
L’on s’y sentait bien ridicule
Pour aller prier un dieu mort
En rang d’oignons comme les mules.
Et les leçons interminables
A savoir par chœur s’il vous plaît
O les devoirs intarissables
Qui faisaient ruer au harnais.
O le réfectoire et sa crasse
Et le bol de café au lait
Le pain visqueux d’avant la classe
Qui colle aux dents et au palais
O ces infectes nourritures
Pour des gourmands pas des gourmets
Qui nourrissait mal la nature
Sans vider le porte-monnaie
O ces récréations moroses
Entre des murs de prisonniers
Cette jeunesse qui s’expose
A de tristes fatalités
Cette jeunesse qui trépasse
Et se délite en des savoirs
Jour après jour sans le vouloir
Nuit après nuit sans s’en douter.
O les pensionnats d’autrefois
Y repenser même fait peur
Tant ils étaient vides de joie
Tant ils étaient pleins de rigueur
O les terribles pensionnats
Prisons qu’on quittait sans regrets
Où les yeux pleuraient quelquefois
Que de dégâts Que de méfaits.
smr
Posté le 05.04.2008 par lesableausablier
Les jeunes amants
Saltins=pilleurs d’épaves
Garcettes= dans la voilure
Fortune=voile que l’on hisse par beau temps
Ils n’avaient pas le pied marin
Ni les connaissances d’usage
Ancres garcettes et grappins
Gros temps mer d’huile coup de chien
N’alourdissaient pas leur bagage
Mais ils quittèrent le mouillage
Le jeune amour n’est jamais sage
Il ne sait pas prévoir au grain.
Du cap Horn ils ne savaient rien
Sinon qu’il mordait comme un chien
Qu’il pouvait virer l’équipage
Du pont d’un geste de la main
Et le jeter cul au rivage
Où s’enrichissent les saltins
Le jeune amour n’est jamais sage
Il ne sait pas veiller au grain
Ils faisaient confiance aux dauphins
Sages compagnons de voyage
Ils étaient leurs anges gardiens
Ils resteraient dans leurs sillages
Et Cythère n’est pas si loin
Ils en voyaient cap et rivage
Le jeune amour n’est jamais sage
Il ne sait pas parer au grain
Ils pensaient dompter l’océan
La mer du tendre a ses usages
Lui pêchait des poissons volants
Pour les sauver des cormorans
Elle piquait dans son corsage
Des coraux aux reflets salins
Le jeune amour n’est jamais sage
Il tend trop la fortune au vent.
Cela pouvait durer cent ans
Droit debout au gaillard d’avant
Ils avaient à découvrir tant
Car ils n’étaient que des enfants
Ivres de ce divin breuvage
Qu’ont inventé Eve et Adam
Le jeune amour n’est jamais sage
Il tend trop la fortune au vent.
Aimer n’est pas un jeu d’enfant
La mer n’est pas qu’île au trésor
Elle a aussi des requins blancs
Qui font pourpres les flots des ports
Des coups de tabac vers l’Armor
Et des écueils vers Kairouan
Le jeune amour n’est jamais sage
Il n’amène jamais au vent.
O sirène sur ton brisant
Il n’a suffi que de ton chant
Mais perfide comme l’aimant
Pour que s’achève le voyage
Pour qu’ils se retrouvent sombrant
Chacun dans son contre courant
Chacun dans son démâtement
Le jeune amour n’est jamais sage
Il tend trop la fortune au vent.
Ils se sont perdus corps et bien
Dernier baiser dernier venin
Mais ce n’était pas un naufrage
Dans le vaste univers salin
Que les atolls de loin en loin
Avec les baleines partagent.
Le jeune amour n’est jamais sage
Il ne sait pas parer au grain
Le jeune amour n’est jamais sage
D’écouter de tes coquillages
Ramassé à flux descendant
Sur le sable d’or de tes plages
Ils mentent mentent assurément
Posté le 05.04.2008 par lesableausablier
Le ravi
Allongé dans l’herbe il sanglotait. La prairie
Jusqu’au fleuve transi étirait son tapis
Les merles dans les haies s’étaient tus. Son gros chien
L’œil sombre l’observait et lui léchait les mains.
Un ruban d’organdi d’entre ses doigts pendait.
Un lourd vol de corbeaux lugubres tournoyait.
Midi avait sonné depuis longtemps là-bas
Au village apaisé dont scintillaient les toits.
Il se leva, poussa jusqu’au fleuve son pas.
Le molosse suivit queue basse et sans entrain.
Je les perdis de vue quand le sentier tourna.
Et je n’y pensais jusques au lendemain.
La rumeur m’informa qu’on l’avait retrouvé
Avec son chien aux pieds sur la berge .Noyé !
599/100
Posté le 21.03.2008 par lesableausablier
Comme un jardin anglais
Le cimetière ce matin
Est gai comme un jardin anglais
Au diable les graves toussaints
Les prédictions des faux devins.
On entend du chardonneret
La nichée nouvelle piailler
Et dans l'abri frais des bosquets
Le rouge gorge guilleret
A ses ouvrages s'affairer.
Aujourd'hui ni fleurs ni couronnes
On n'enterre rien ni personne.
Le soleil joue sur les tombeaux
Les morts échangent des ragots
Les croque-morts inoccupés
Semblent un peu désorientés
Et la Camarde au saut du lit
Avec ses airs d'éternité
Semble ici comme déplacée
Car tout paraît lui dire "fuis"
Va commettre ailleurs tes méfaits
Aujourd'hui ni fleurs ni couronnes
On n'enterre rien ni personne.
Et dans son parc à la française
L'aïeul au teint radieux rayonne
Accroché à sa tirelire
Lui qui sentait la mort venir
Se sent plein d'ardeur et s'étonne
Du triste teint des héritiers
"Surveillez-vous, soignez –vous bien
Surtout quittez cet air chagrin
Décommandez le pèr' La chaise
Aujourd'hui ni fleurs ni couronnes
On n'enterre rien ni personne.
Posté le 21.03.2008 par lesableausablier
Rondel printanier
Tu me disais "Tournons la page
Oublions les leçons reçues
Cessons d'être des enfants sages
Rattrapons tout du temps perdu.
Je t'écoutais. J'étais ému
Je saisissais bien ton message
Tu me disais "Tournons la page
Oublions les leçons reçues
Embrasse-moi cela m'est dû
Le temps perdu c'est gaspillage
Mon cœur bat fort dans mon corsage
Tant pis si c'est fruit défendu
Tu me disais "Tournons la page
Oublions les leçons reçues."
Posté le 21.03.2008 par lesableausablier
Etre vieux
Les faims dont le corps a besoin
Je les contente sans plaisir
Les autres celles du jouir
Je n'en fais plus mon quotidien
C'est sûrement ça être vieux.
Le vin doux que l'on boit à deux
Le goût de la pomme à croquer
Le désir spontanément né
Toutes les soifs m'ont quitté
C'est sûrement ça être vieux.
Las ! Les passions ont débandé
Aussi le goût des amours neufs
L'amour qui fait encor chanter
N'est plus coup de foudre ou de bluff
C'est sûrement ça être vieux.
Mon somme ne sait plus rêver
Je m'éteins puis je me réveille
Il n'y a aucune merveille
Qui puisse en songe m'attirer.
C'est sûrement ça être vieux.
C'est ainsi pour chacun de nous
Un peu moins tôt un peu plus tard
On met en terre le genou
Ou l'on abandonne la barre
C'est sûrement ça être vieux.
Le fil des passions s'est cassé
Le fruit frais ne m'attire plus
Ni celui des pommes charnues
Pourquoi se le dissimuler
Sûrement c'est ça être vieux.