Posté le 02.04.2007 par lesableausablier
L'esclave
Assis au bord de toi
Piéton sur une borne
Je te regarde vivre
Je te regarde épeler d'un soupçon
Un doute d'ombre sur tes mains
Un jeu de hasard sur le mur
Une pirouette d'abeille
Contre la vitre du jardin
Assis au bord de toi
Aussi sage que pierre
J'attends que tu me voies
Pour éclairer de ton regard
Ce peu de moi qui veut encor
Espérer te surprendre
D'un déluge discret
D'une vendange douce
Assis au bord de toi
Cantonnier d'heures pleines
J'ai tout prévu
la course de la biche dans ton bois
la flamme claire pour ton feu
L’herbe sèche de ton automne
La fleur et son printemps
J'ai tout prévu - même mourir
Et pourquoi non pour que tu m'aimes
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Posté le 02.04.2007 par lesableausablier
Plaintes d'une poétesse en manque d'inspiration
Qu'ai-je fait ô muse
Que tu me bats froid?
Est-ce que j'abuse?
Vite, réponds-moi.
Quand l'heure s'amuse
A rimer sans moi
Avec toi je ruse
au pied du beffroi.
Derrière sa porte
Bien cadenassée
Je suis comme morte
Et ne puis tromper
Tes vigiles actifs
A te bien cacher..
Posté le 02.04.2007 par lesableausablier
Ailleurs du poète
Ailleurs, plus loin que cette porte ouverte
Vers des routes sans horizons
Ailleurs où les hommes sont frères
Il veut aller comme un galop
Il veut aller comme une flamme
Il veut apporter son poème
Dans sa corbeille de pulsions
Ailleurs, plus loin que ce hall de gare
plus loin que ces trains en souffrance
Ailleurs où les hommes sèment
Il veut aller comme une faim
Il veut déposer son propos
Hors des glèbes conditionnelles
Où s'enlise le genre humain
Ailleurs, plus loin que ces embarcadères,
Plus loin que ces quais à profits;
Ailleurs où les hommes s'entr’aident
Il veut aller comme un vertige.
Dans un grand mouvement d'écume,
Il veut éventer son bagage
Le vider de ses souvenirs.
Ailleurs plus loin que les vagues frontières
Ailleurs où les hommes sont simples
Il veut aller comme un pollen
Comme un découvreur de sagesse
Comme un élément reconquis
Il veut redevenir visible.
Ailleurs plus loin que vos cartes terrestres,
Plus loin que vos univers entrevus
Ailleurs où les hommes sont vrais
Il veut aller comme une soif
Comme une prairie absolue
S'étancher du lait neuf de l'aube
Aux sources pures des libertés
Posté le 02.04.2007 par lesableausablier
Vers
Je scellerai vos yeux, cruelle, de mes vers;
vous verrez beaucoup mieux et plus loin désormais.
Ne vous alarmez pas de voir tout à l'envers,
Ce n'est que l'univers d'antan qui a versé.
Entrez dans la saison de mes fréquents silences,
Un lourd tapis de neige veille sur mes limons.
Vos paupières vacillent. Les images s'élancent
Pour se briser en vain contre le mur des sons.
Je scellerai, cruelle, vos lèvres de mes lèvres
Et nous nous parlerons, mais sur un autre ton.
Peut-être verrons à la fin cet orfèvre
Qui fait l'instant heureux comme un point d'Alençon?
Posté le 31.03.2007 par lesableausablier
Ce soir (Lu : 190 fois)
Ce soir je dirai que je t’aime fort
Tu lis en mon cœur et tu me croiras
Nous sommes liés jusqu’à ce que vienne
Ce temps silencieux dont parle tout bas
L’heure du présent qui file et s’égrène
Comme l’eau tombant des vives fontaines
Que Neptune garde avec apparat.
Tu lances les dés d’amours et d’os blancs
Sur le vieux tapis où triche le songe
D’une dextre experte à gagner parfois
Tu lis l’avenir mais hélas il ment
La vie est gonflée de ses vains mensonges
Comme d’eau salée peut-être l’éponge
Où dorment les voies nues des océans.
Ce soir nous irons sur la corde raide
De ce bel amour d’amour jamais las
Nous jouerons au jeu d’appeler à l’aide
Les tendres désirs d’avant le combat
Puis nous combattrons sur la corde raide
Les petits démons du tu et du toi
Ce soir je dirai que je t’aime fort
Ce soir tu diras je ne te crois pas
Tu lis en mon cœur je n’insiste pas
J’essaierai d’atteindre en deçà des corps
Cet univers doux du tu et du moi
Posté le 31.03.2007 par lesableausablier
Sur le pont Mirab'o
(Clin d'oeil à l'Apollinaire)
Ne prenons pas nos grands R
Laissons sous les arches l’O
Couler sagement sans tr’O
Par des propos de Pierr’O
Gâcher son crépuscul’R
Surtout ne pas mon coc’O
Troubler pour une berg’R
Les noyés qu’au fil de l’O
Le fleuve emporte à la m’R
Ne prenons pas nos grands R
Chassons l’idée délét’R
De sauter vif dans le fl’O
Quand passe au pont Mirab’O
La Lorelei d’Apollin’R
Ne prenons pas nos grands R
Posté le 31.03.2007 par lesableausablier
Dizain
Je vais ainsi que va l'eau vive. Esprit libre,
J'observe la nature! La fleur, l'oiseau, tout vibre.
La profondeur du ciel est un fleuve inouï
Dans le grand mouvement d'un bel après-midi
Je lis les bois, les monts, vastes pages d'un livre
Où Dieu a tout écrit sans jamais mettre "à suivre"
Dans le bas d'un feuillet. Et quand tombe le soir
Sur l'étang mystérieux où voguent les canards,
Dans le brouillard naissant, un rayon goguenard
De soleil bas bavarde avec les nénuphars.
Posté le 31.03.2007 par lesableausablier
A ta santé.
J'aime les bars mal fréquentés…
P.guenot
Je hais les troquets à la mode
Le vin qu'on y sert est râpeux
Comme la langue des bourgeois
Ici l’on a la poudre aux yeux
L'art nouveau en cent épisodes.
Je hais ces banales pagodes
Où l'on grimace avec sérieux
Sur la robe du vin d'Arbois
Sous des prétextes fallacieux
De crus venus des antipodes.
Je hais ces cavernes sans âges
Ces estaminets d'autrefois
la serveuse qui tance et rudoie
Les audaces des maladroits
S’en prenant à ses avantages.
Je hais ces bars du bout du monde
Refuges anciens des matelots
Qui retour des pays lointains
Campent là pour la libido
Et l’amour des filles girondes
Je hais ces boîtes à militaires
Puant l’anis et le tabac
Où les voyous patibulaires
Viennent trouver leur nirvana
Avec de blondes aventurières
Je chéris pour boire le grand air
Les terrasses gaies d’où l’on voit
Les écolières en robes claires
Rire haut et aimer tout bas
Avec des mines douces-amères.
Posté le 31.03.2007 par lesableausablier
Ce que je ne tais pas
Je dis la messe du dimanche
L'odeur d'encens dans les allées
Les belles filles aux robes blanches
Je dis les trois sous au curé.
je dis le cinématographe
Les westerns en technicolor
Les manèges des foires franches
Je dis les vacances au mont dore
Je dis la classe au tableau noir
Le pauvre pion mal habillé
Qui sentait sueur et pinard
et suintait de pauvreté.
Je dis Rimbaud Je dis Verlaine
Brassens interdit censuré
Le corps fluet des lycéennes
Une surtout qui m'a troublé.
Je dis l'enfance qui recule
le grand maulne d'Alain Fournier
Les poèmes sans point virgules
la première aimée à jamais.
Je dis cet homme qui s'avance
Et cette guerre à bon marché
Qui est venue honte et malchance
Tirer un trait sur ce passé.
Posté le 31.03.2007 par lesableausablier
L'apéro
Pastis, roi des étés, ô que nos gorges t'aiment.
J.M.hérédia
Si je savais pourquoi tous ces gens t'aiment tant
Olivâtre poison qui réjouis les âmes
et cirrhose les foies de ta pudique flamme
je me ferais ton chantre et ton représentant ?
Chaque jour de grands hommes du devoir s'écartant
A l'heure du Berger ont les yeux qui s'enflamment.
Au rayon vert du verre leur courage s'entame ;
Le démon des anis très loin les emportant.
Et quoiqu'ils aient promis aux anges conjurés !
De ne plus satisfaire aux attraits désirés
Chaque jour ils succombent aux pastis sans pareils
Qui roulent dans leur gorge en orages admirables
Que leurs contemporaines trouveraient agréables...
S’ils ne les délaissaient pour ce glauque soleil.