Posté le 11.06.2007 par lesableausablier
AUTO PORTRAIT
Je suis cet ignoble voyou
Préférant l'ombre à la lumière
Ce poète à folle crinière
Que vous conspuez à tout coup
Tort ou raison chacun s'en fout
Fleur du mal à ma boutonnière
J'ai le faciès patibulaire
Et l'œil hardi du loup garou.
Mauvais rimeur vilain époux
Je suis le fol commissionnaire
De Sappho et de ses commères
Qui troublent vos dignes tabous
Vous me verriez sous les verrous
La prison voilà ma tanière
Râpeux comme un rat de tourbière
Je tomberais sous vos cailloux
Etant né en terre Papou
Je suis manant pour fait divers
Vous me fustigez sans manière
Verrat voyeur qu'on cloue en roue
Pouah je suis l'âcre ragoût
La soupe rance en la soupière
Celle qu'on jette aux phacochères
Vautrés dans le standing des soues
Mais l'on a tort je me dévoue
Dans ce monde crépusculaire
Je couvre la voix du tonnerre
A l'oubli noir je tords le cou
Je suis cet ignoble voyou
Cet horrible chat de gouttière
La liberté est mon bréviaire
L'amour mon bijou d'un sou
Malheur à moi si d'imprudence
Vos filles se pendent à mon cou
Sur moi J'aurai vos gras toutous
baveux hargneux d'impudence
Je suis cet ignoble voyou
Préférant l'ombre à la lumière
Ce poète à folle crinière
Que vous conspuez à tout coup
sm
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Posté le 11.06.2007 par lesableausablier
A VERLAINE
qui a chanté les Grotesques
Suis-je aussi de ces grotesques
Qui vont cœurs nus par les sentiers
En cherchant la rime tombée
D'une verve abracadabrantesque
Et comme eux et comme la pierre
Roulant sous le talon meurtri
Ne suis-je pour l'heure éblouie
Qu'un maigre fracas de poussière
Ferais-je par les soirs indignes
Quand pèse d'être seul ainsi
Aux muses le tracas d'un signe
Pour qu'inspiratrice vénale
Elles poussent ma plume mâle
A féconder la poésie
Posté le 11.06.2007 par lesableausablier
L'inconnu
Tu étais mon beau chevalier
Tout auréolé de mystère
Ton manteau sentait la poussière
Et les embruns de la marée
Celle que septembre libère
Tu venais des quatre horizons
Avec un rameau d'olivier
Dans ta main droite haut dressée
Ayant laissé tes compagnons
Jouir de la gloire des damnés
Mais tu ne voyais qu'une étoile
Au nom inconnu qui brillait
Comme un phare et qui éclairait
Dans ta mémoire ce roc pâle
Où l'ultime sirène chantait
Posté le 11.06.2007 par lesableausablier
Pierrot lunaire
Piètre amoureux et faux poète
Il a vécu sans s'y tromper
Dédiant ses rimes imparfaites
Aux grisettes de son quartier
Qui venaient lui conter sornettes
Avec de joyeux pieds de nez.
Quand il est parti à perpette
Laissant béant son encrier
Il se promettait des conquêtes
De dieu plus faux qu'un ciel d'été
Porté aux nues par la palette
D'un barbouilleur de bas quartier
Piètre mort et blême squelette
Il vivra son éternité
Loin de la gloire et des paillettes
Mais continuera de rimer
Installé sur quelque comète
Avec Verlaine à son côté.
Posté le 11.06.2007 par lesableausablier
NAITRE
D'une bulle de nuit par le vent transportée
jusqu'à l'océan des mensonges
il sortit
comme on naît d'un sable mou
d'une roche d'eau tendre.
Il secoua ses sens
s'abreuva de pensées
son esprit arc tendu
niant d'être possible
sentait de souterraines ondes
fouiller ce qu'il voulait.
N'ayant que le bagage de sa vierge mémoire
Il ne savait pas regarder
Il lui fallut apprendre l'existence
Se mesurer à ce néant coupant comme un lame
gagner pied à pied son audience
Dans ce domaine à reconstruire.
Posté le 05.06.2007 par lesableausablier
16 millimètres
Le paysage est intérieur
On voyage dans son espace
Comme la lumière dans l’eau
Comme la Terre dans l’éther
Rien n’est fait rien n’est à faire
Que de regarder au miroir
Le temps qu’on ne connaîtra pas.
Le regard d’un oiseau
Le parfum d’une fleur
Le rire d’un enfant
La musique d’un arbre
Et l’amour que nous porte la femme
Sont les pensées du monde.
Tout ça n’est pas prétexte à dire,
On ne joue pas au mot à mot
Surtout quand on se lève tôt
Et que l’on a traduit tant
Les chants d’oiseaux
Qu’ils n’ont plus rien à nous dire
De l’universelle matière.
Tout ça appartient au bonheur
Comme la lueur à la flamme
Comme le frisson à la joie
Comme au silence la pensée
Comme la baguette au tambour
Nous souffle aussi Germain Nouveau.
Tout cela n’est pas cinéma
Malgré l’écran malgré le noir
Tout cela vit dans son présent
Et se cherche un avenir
Parmi les feuilles éparpillées
D’un passé à jamais gravé
Sur la pellicule noir et blanc
Du grand écran de l’existence.
Posté le 05.06.2007 par lesableausablier
Les pratiquants 2
Film X
Mais le dimanche soir, dans les salles obscures
Les mêmes assis au fond de fauteuils moelleux
Repus remplis de vices et d'alcool licencieux
Se repaissent d’un film baignant dans la luxure.
Le souffle court, le coeur battant, le regard dur,
Ils halètent. Ils trépignent. Ils palpitent. Et au lieu
De hurler au scandale et de quitter les lieux
Ils se gavent de sang, d’enfer et de souillures.
Finis les hosannas et les alléluias
Les tables de la loi… Ils les jettent à terre.
Jésus ! La croix ! Finis… Salut ô Lucifer !
Le vice avec le soir remplace la vertu.
La messe du matin ici est hors la loi.
Dans son Eden Dieu grogne : « l’ai-je voulu ? »
smr
Posté le 05.06.2007 par lesableausablier
A la grand messe.
L'assemblée des fervents
à la peau molle et grise…
P.Guenot
j’ai connu les églises avec du monde dedans.
Linda Lemay
Pas amicale ! Pas ! Avec la religion.
Mais Rimbaud le fut-il avec la poétique ?
Il faut de temps en temps taper sur la bourrique
Pour la faire avancer et aller au charbon.
Mais elle n'aime pas recevoir de la trique
Alors quand on la fesse que le rameau soit bon
Prendre de préférence un robuste bâton
Cueilli dans la mi-nuit sous l’astre romantique
Lorsque les diablotins sortent de leur tanière
Pour aller de Satan dans quelque messe noire
Annoncer sans retard la prise de pouvoir.
Mais tout de go ainsi à l’heure du café noir
Sortir de leur fourreau le sabre et la rapière
C’est comme déguster un grand bol de curare.
smr
Posté le 05.06.2007 par lesableausablier
Le sonnet narcissique
Le voici donc enfin ce sonnet surprenant
Qui dans l'eau d'un étang mirant sa couperose
Pareil à un Narcisse s'admire et dit:" la rose
Moins que moi a porté la beauté dans son champ.
Tu n’es pas allé loin, sonnet qui voulut fuir.
Un géant était là pour te saisir la main
Et t’ordonner : « Bonhomme, cela suffit reviens.
Etre Sonnet Fuyant n’a guère d’avenir. »
Ressaisis-toi faquin ! Et cesse de gémir
Tu seras entonnoir. Le temps, subtil venin
Dans ta gorge cherra alcool élyséen
Brûlant comme l’enfer, doux comme le plaisir.
Un autre envisageant t’asseoir au panthéon
Te fit te dédoubler comme un double menton.
Tu devins sablier jurant comme un tocsin.
Enfin c’est ce qu’on dit. Mais fi des coteries !
La vérité est autre : dans l’étang de la vie,
Tu te prends pour Narcisse et t’admires sans fin.
smr
Posté le 05.06.2007 par lesableausablier
MATINALE
De la nuit l’ombre bleue traîne sur le matin.
La nature dort encor dans les bras du soleil.
Les roses engourdies lentement s’ensoleillent.
Il pleut des perles d’or sur les fleurs du jasmin.
Dans le jardin urbain, le buste de Rodin
Posé sur un tapis de tulipes vermeilles
Semble écouter de l’eau arrosant les corbeilles
D’une oreille attentive le naturel refrain.
Le jour se montre enfin entre deux bancs de brume.
Il neige de l’argent sur les toits citadins.
Un merlot appliqué baigne son noir costume
Dans la flaque oubliée par l’averse nocturne.
Et l’ange du néant s’envole vers Saturne
Sur un cheval volé au coche herculéen.
*
Comme un pierrot lunaire qui joue sur sa cithare