Posté le 10.07.2007 par lesableausablier
Il est minuit...
Il est minuit Le vent feuillette
Le livre ouvert de ma nuit
Tandis que laborieux je guette
La rime utile qui me fuit
Il est minuit depuis des heures
Ja râture mes manuscrits
Tandis que l'aube ouvre ses fleurs
Dans un grand mouvement de vie
Il est minuit la pluie jabote
A petits coups la vitre unie
Tandis que vertement je botte
Au ciel quelques vocables gris
Posté le 10.07.2007 par lesableausablier
Les matineux
Autour du feu dans la clairière
Assis en rond comme des pierres
Les matineux ne bougent pas
Dans cet espèce de magma
Moitié ombre moitié lumière
Indifférents à tous les bruits
Laissant mourir la sourde nuit
Laissant déclore l'aube rose
Alors que la lune déclose
Au ciel se dilue lentement
Les matineux comme des pierres
Immobiles dans cette poussière
Qu'est le gris brouillard des matins
Chauffent paisiblement leurs mains
La tête penchée sur le sein
Un vol de corbeaux souverains
Anime cet instant serein
Qui se veut bref et bienvenu
Comme le soleil en la nue
Comme le voeu dans la prière
Soudain l'un d'eux se lève et droit
Ouvrant ses bras noueux en croix
Tournant vers l'astre tutélaire
Son chef à la pesante chair
Le regard perdu dans un songe
-Frères la nuit meurt dans l'instant
Elle fut très douce aux amants
Cruelle aux harpagons velus
Trop courte aux travailleurs recrus
Par les usines maléfiques
Mais frères durant tout ce temps
L'eau magicienne du torrent
N'a pas cessé d'aller ainsi
Que l'étoile vers l'infini
A la recherche de la mer
Frère l'oiseau quitte son nid
Dans son antre le lion rugit
La biche allaite son faon
Le cormomran ouvre son aile
Pour prendre possession du ciel
Ecoutez la sève chantante
Monter vers les feuilles mourantes
Les montagnes secouent leur faîte
Dans les graminées c'est la fête
Des coquelicots des bleuets
Matineux sommes-nous différents
A ce grand bal du levant
N'apporterons-nous pas nos parts
Hâtons-nous il sera trop tard
Toutes les roses sont posées
Voyez notre feu s'éteint
L'oiseau ne dit-il pas viens
Viens matineux à notre fête
Et l'arbre hoche-t-il pas la tête
Pour approuver notre venue
Frères debout il faut partir
Ne pas avoir peur l'avenir
Est porte ouverte à nos audaces
Quand le chien chasse c'est la trace
Qui le guide dans la futaie
Et voici que les matineux
L'un suivant l'autre l'air sérieux
comme un lourd troupeau d'éléphants
Se mettent en marche pesamment
Aux premiers rayons du soleil
Alors toute la nature explose
S’ouvrent les lis et les roses
Et les éphémères meurtris
Par cet effort inouï
De passer d'un monde dans l'autre
Les éphémères par milliers
Sur l'eau du lac enlacés
Vivent d'une vie endiablée
Tandis que les matineux
Montent un à un dans les cieux
Comme le christ à Pentecôte
Posté le 10.07.2007 par lesableausablier
Rustique
Beauté de l'été
Soleil et lumière
Ca sent bon la chair
Et le cuit des blés
Tes yeux profonds restent
Prunelles fermées
Minuscules perles
Dans l'écrin sacré
Tes dents éclatantes
Cueillent la douceur
De mes lèvres et tentent
De mordre mon coeur
Tes seins grenadiers
Se gonflent parfois
D'un souffle léger
De mer et de bois
Et seuls en ces lieux
De rustique paix
Nous jouons des jeux
Bons d’intimité
Posté le 08.07.2007 par lesableausablier
Nocturne
Lorsque s'achève la veillée
Quand tous les objets familiers
Vont dans un mensonge ouaté
Préparer la proche journée
Dans la cuisine illuminée
Des lueurs dernières de l'âtre
Quand le silence respecté
A mis ses festons de théâtre
S'assemblent à pas feutrés
Pour des colloques mystérieux
Tous les bons génies du foyer
Or ce qu'i disent nul ne le sait
Mais demain le pain sera mieux
Et la maison plus ordonnée
Posté le 08.07.2007 par lesableausablier
Ophélie
Ophélie va son chemin d'onde
Portée par le flot qu'elle aima
Bien lentement avec la foi
D'être en sa mort aimée du monde
Ophélie va fille du fleuve
Muette dans le flot amer
Pareille à quelque ondine chère
Ses longs cheveux d'or nous émeuvent
Ophélie va ses longs cheveux
Autour de son visage blême
Flottent étendard pour cette Seine
Née de la lèvre d’un dieu
L'accompagnent des feuilles mortes
Linceul d'argent de pourpre et d'or
Ophélie s’enfonce en la mort
Au fil de ses rêves de morte
Et le fleuve la conduit serein
Vers cette onde autre du temps
Qui la gardera en son champ
Bergère du monde divin
Posté le 08.07.2007 par lesableausablier
Le faune
Tenue d'un rien à ouïr le silence
Telle qui s'effraie d'un vif sifflement
D'oiseau perché haut dans l'ébranchement
Froissé beaucoup d’un rude chêne immense
Telle par la fenêtre voit que danse
Léger précieux paradisiaquement
Un doux faune pipant et se grisant
Des notes qui du roseau brun s'élancent
L’aurore d’or s'enchante en ces musiques
Jette à l'entour autant de bruissements
Que de rais lumineux dans l'air unique
Telle en la clarté se pâme à ouïr
Tout défaillant cet appel enivrant
Que le flûtiau du faune ami soupire
Posté le 08.07.2007 par lesableausablier
Paysage interne
Paysage d'eau et d'ajoncs
Là les plantes n'ont pas de nom
Le vent y chante une chanson
Triste et lente et qui fait pleurer
L'automne y refuse couleur
Dans des paysages d'odeurs
Chaque soir y sombre une douceur
Triste et lente et qui fait pleurer
Le silence règne en ces lieux
Eternité cruelle aux cieux
Que hantent des oiseaux gracieux
Tristes et lents et qui font pleurer
Paysages d'eau et d'ajoncs
Nous diras-tu un jour ton nom
Lugubre mais bon compagnon
Triste et décent et qui fait pleurer
Posté le 08.07.2007 par lesableausablier
Avertissement
Ce sont dites à mi-voix
Les choses cruelles du coeur
Impatientes dans leur ardeur
Mais douces et folles à la fois
Situez-les à mi-chemin
Entre le rire et le sanglot
Un peu comme l'ombre sur l'eau
Qui frissonne au petit matin
Elles ne sont ni gaies ni tristes
Roses écloses dans la peine
Leur fragrance se veut sereine
Amicale mais sans bonté
Elles ne prétendent pas vous plaire
Mais ne veulent pas vous blesser
C’est seulement murmuré
De l’espérance la lumière
Et si leurs accords quelquefois
Se haussent sans le vouloir
C'est qu'il y a du désespoir
Dans le coeur qui les a portées
Posté le 08.07.2007 par lesableausablier
Sur soi-même
Né en 19…
A Brive-la-Gaillarde
Partage son temps
Entre rien et rien
Mourra en..;
Comment le savoir
Partagera sa mort
Entre rien et rien
A vécu de 1937
A ...comment le savoir
Mais n'a travaillé
Que pour peu ou rien
Posté le 08.07.2007 par lesableausablier
Crépuscule
Le jour se meurt La nuit descend
On n’a plus rien à se dire
Le mentir-vrai de son sourire
masque les chers faux-semblants
Le soir transpire en sa chemise
La fontaine émiette son eau
Pour un arc-en -ciel au gros dos
Il est loin le temps des cerises
Les feuilles du magnolia luisent
Miroirs ou pièges du temps
Les arbres gardent des printemps
La tonsure du vent de bise
On n’a que peu à se mal dire
Tous les fruits du temps sont tombés
La terre est sèche et craquelée
Comme des lèvres au noir sourire
Le jour se meurt La nuit s’étend
Le parc aux ombres appartient
Celles qui passent dans l’air blanc
Ont des visages incertains.