Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Aujourd'hui à hier est semblable.
Aujourd'hui à hier est semblable
Je le proclame ouvertement
Nous vivons tous battant de l'âme
Facteurs des mêmes négations
Frappant de la main sur la table
Relayeurs des mêmes questions
Inscrites sur la langue du vent
Qui fait des vergers branches rases
Celui qui détient les réponses
Est-il vivant ou est-il mort,
Tant il est limpide au décor
Que Jamais de son trou il ne sort
Pour un sort ni bon ni mauvais
Je le proclame ouvertement
Aujourd'hui à hier est semblable
Pourtant les coups de semonce
A son oreille sont légions.
Hier aujourd'hui la roue voyage
Carrousel usé à la tâche
Jamais jamais jour de relâche
Suer cette arche de corruption
Ce temple des contrefaçons
Cette brisure soupçonnée
C'est le présent je m'y accroche
Facteur des mêmes volontés
Mais il me file entre les dents
Comme une parole incertaine
En un flux pourtant maîtrisé
Comme une rivière noyée
Au confluent de chose à taire
Où se mélangent les parlers.
Ce qu'il faut taire ce qu'il faut dire
Le chante parfois l'oiseau-lyre
Le corbeau dans son anthracite
Le paon impudique souvent
Qui léonise son levant
Par des grands effets de solaire
Sur la basse-cour dépitée
Par trop de nuages funestes
Par trop d'absences avouées
Par trop de couteaux détrouvés.
Mais à quoi bon finalement
Courir après des silences
Quand le doute à ronger commence
L'amour est la seule conscience
Qui se conjugue ouvertement
Tant il est limpide au décor
Dans les larmes de la déception
Qu'on ne veut que ce que l'on peut
Qu'on n'endigue que ses refus.
Aujourd'hui à hier est semblable,
Quel code emploie le passé
Dans ses classements mémorables
Pour distinguer le temps du temps
Tant au temps le temps est semblable
Dans son ronron d'éternuements
A bousculer par dessus tête
Le cul de la passivité.
Posté le 05.08.2007 par lesableausablier
page retrouvée...
Falaunais
J'ai connu Falaunais un dimanche de mai alors qu'il chinait dans la basse ville, tenant en main un carnet à couverture bleue défraîchie, qu'il consultait par-dessus de fins lorgnons de myope.
Je ne me souviens pas de l'avoir observé plus que le temps qu'il en finisse avec une pile de vieux écrits que je désirais moi-même examiner . Il m'a plu.
J'ai su tout de suite que nous avions un amour commun de la littérature et des vieux papiers. A la suite de quoi nous avons échangé régulièrement des volumes de poésie ou des biographies d'auteur tombés en désuétude.
Falaunais semble toujours dans la Lune. Mais il s’est enrichi de la façon la moins poétique qui soit. Un commerce d'alimentation dans un quartier populaire. Il savais manier les poids et le crayon. C'est du moins ce qu'on dit encore dans le quartier.Il savait aussi faire crédit et effacer les ardoises quand elles devenaient douloureuses en fin de mois.
Puis, vous savez comment c'est la vie. Nous nous sommes perdus de vue. Je ne l'ai revu que bien des années plus tard. Par hasard. Il ne chinait plus. Il était dans un fauteuil roulant. Un beau fauteuil tout reluisant de chromes avec des rembourrages partout. Un fauteuil roulant de riche, mais quand même un fauteuil d'infirme.
Installé sur le trottoir de son habitation, dans le soleil d'une fin d'après midi ordinaire, il regardait l'affairement les gens. Il s'appliquait à l'interrompre à la moindre occasion, saluant les uns et les autres d'une main fine qui ne travaillait plus depuis longtemps. Elle semblait dire cette main : " bonjour, bonjour regardez-moi, je suis l'infirme. Je ne marche plus. Mes jambes ne me portent plus. Je passe ma vie à vous observer. Vous marchez, vous courez, et vous semblez tristes. Bonjour...La journée est belle.
Faisait-il semblant d'être heureux, ou l'était-il vraiment ? Il me sembla détendu, insouciant, de cette insouciance des jeunes gens que peu d'adultes conservent au-delà de la quarantaine...Son ton n'était ni agressif, ni envieux. Il portait dans sa gravité une poudre jaune d'amertume , perceptible aux seules âmes attentives à autrui. Va savoir ! Qui peut comprendre les comportements d'un infirme?
Nous avons comme jadis parlé de bouquins rares,.Cela l'intéressait toujours. Mais, me dit-il, il avait vendu ses collections pour se faire un capital afin de mener à bien un projet qui lui tenait à cœur. D'ailleurs les livres, c'est bien, mais ils encombrent .Ils sont un poids mort à traîner. C'est dans la tête qu'il faut les avoir. Lui, il les avait là. Enfin ses préférés. De toute manière ne faut-il pas un jour ou un autre abandonner ce que l'on aime pour suivre son destin personnel? Alors un peu plus tard, un peu plus tôt. Il conclut sa phrase par un haussement d'épaules. Je n'insistais pas. L'heure tardive justifia mon départ. Je lui promis de revenir. Il me sembla content de l'envisager.
Je ne me suis jamais posé de question sur son âge. Un homme mûr, voilà tout! Avec des rides, mais pas trop, des touffes de cheveux grisonnants, mais pas trop! Une voix cassée par la cigarette, mais pas trop! Une allure responsable, mais pas trop!
L'idée d'un Falaunais épicier ne me plaît pas. je le voyais plutôt voyageur à tout crin. De cette race de nomades , qui n'existe plus. Opportuniste, certes! Aventurier au coeur pur, naviguant sur les fleuves indomptables des régions inconnues, chevauchant quelque pirogue rudimentaire, franchissant debout des rapides fougueux, risquant mille fois sa vie pour rapporter au monde émerveillé de précieuses reliques, preuves de civilisations supérieures englouties dans un passé obscur, avalées par des séismes incontrôlables, mais immortelles par le message que lui , en rapportait , témoignage poignant d'un sort tragique, ou avertissement solennel: Civilisations , vous êtes mortelles, ne perdez pas de temps en futilités, étudiez votre environnement, comprenez les messages de la nature, trouvez avant qu'il ne soit trop tard le remède aux maux à venir, Epicier!!! Allons donc...
Aujourd'hui qu' il nous a quittés pour un monde meilleur, je crois comprendre mieux cette main, que je revois s'agiter papillon blanc translucide veiné de bleu que la clarté du soir rendait plus douce, comme dans un tableau de Renoir. Il semble toujours dans la Lune dans le tableau qui le représente et que j'ai installé au-dessus de la cheminée. J'ai peint ce tableau l'hiver de sa mort. le désir de le faire m'est venu alors que la pluie martelait les vitres de la salle et que je m'ennuyais ferme en attendant l'heure du repas..
Je suis allé acheter le nécessaire. Sitôt de retour, je me suis mis à peindre .je savais avec précision ,sans y avoir réfléchi, ce que je voulais, ce qu'il serait une fois la toile achevée.
La ressemblance est venue tout de suite. Le reste a suivi. Je suis assez satisfait de l'ensemble. Bien que le regard me semble plus sévère. Il manque peut-être un voile de bonté dans la pupille. Cela mis à part, tout y est. Même cet air qui fait croire qu'il est toujours dans la lune alors qu'il est tout à l'opposé du rêveur, un réaliste, cynique, cruel dans ses jugements sur l'homme en particulier et de la société en général. Je l'ai même cru un temps idéaliste, mais il connaît trop bien l'espèce humaine pour avoir gardé quelque idéal. Nul n'accède à la sainteté disait-il, c'est elle qui vous provoque. Les religions ne sanctifient pas par la créature le résultat d'une oeuvre, mais sa foi en un but à atteindre. Sa constance, sa persistance, sa ténacité dans cette impossibilité à entrevoir le rivage de l'autre bord.
N'ayant aucun héritier, aucune famille connue, il avait fait de moi son héritier ou son légataire universel je ne sais plus au juste. Je me suis donc rendu à son domicile. Sa chambre sentait le vide, la désespérance de la dernière cigarette, celle que le temps ne nous autorise pas à griller et qui attend dans le paquet inutile en perdant ses saveurs. Le tiroir de la minuscule table qui lui servait d'écritoire ne contenait que les instruments du quotidien. Gomme , crayons divers, stylos abandonnés, timbres-poste oblitérés. Sur une étagère, quelques livres aux titres connus couverts de poussière dormaient oubliés là depuis longtemps, vestige du naufrage ou radeau de la méduse. Dans une boîte à biscuits, quelques photos jaunies datant de sa jeunesse. Son armoire contenait peu de linge: le nécessaire. Je ne m'y attardais pas. Ayant donné à sa logeuse les instructions concernant le mobilier et le ménage des locaux, je ne gardais que les photos et une liasse de papiers divers que je me promis d'examiner prochainement.
Il n'avait rien conservé de la période où épicurien averti, il se donnait toutes les joies, tous les plaisirs terrestres que son étonnante imagination faisait naître autour de lui. Infirme, dépendant d'une tierce personne, soumis à la volonté d'autrui, il n'existait plus réellement. Jamais il ne m'en confia quelque regret, mais on le sentait fatalement résigné à la médiocrité, sans toutefois l'accepter. Il m'invitait parfois à dîner. Nous dégustions des mets exquis qu'il se faisait livrer par un traiteur. Il mangeait peu. Sa santé lui interdisait certains aliments. Mais il n'en privait pas ses invités.
Il m'avait confié qu'il travaillait sur un projet de remise en cause de la société qui selon lui n'était pas faite pour les hommes mais dont les hommes avaient dû se satisfaire pour des raisons historiques qu'il n'avait pas développées. C'est cette..... qui expliquait les guerres, les querelles les chamailleries des groupes, affrontement permanent incontournable dans l'état actuel du quotidien. J'ai vainement cherché un manuscrit allant dans cette direction?Ma quête demeura infructueuse. Peut-être s'est-il vanté pour donner un but à sa vie et la valoriser à mes yeux. Je ne désespère pas .
Fallaunais écrivain, Fallaunais gratteur de plume, ...! Je l'imaginais mal dans ce rôle. Sur un chameau, dans un désert, à la recherche d'un trésor, oui .mais écrivain...Non
Posté le 05.08.2007 par lesableausablier
[FONT=Geneva]
Source où l’oiseau vient boire
Source où l’oiseau vient boire
Source argument de vie
Quand le soleil lit
L’homme dans son miroir
Au gala des prairies
Fil d’ariane qu’on suit
Veine d’argent au front
Pudique du vallon
Source grave et sereine
Sous la roche cachée
Embryon d’une Seine
Par l’océan aimée
Il s’agit bien de nous
au présent au passé
Quand l’enfant à genoux
Se penche vers ses fées
Source où l’oiseau vient boire
Sur la pierre moussue
Un peu de la mémoire
Des dieux qui l’ont tenue
Posté le 05.08.2007 par lesableausablier
Tour de magie
Du mot
sort une fée
Coiffée d’or
et trop belle
pour exister
Du puits
L’aube surgit
Déjà moins fraîche
Que la nuit
Aux mains d’agate
Du stylo
source
Sort en rampant
Une charmeuse
De poèmes
Posté le 05.08.2007 par lesableausablier
....
Fille des pluies c’est le naufrage
Les hautes terres sont pendues
Sous les neiges écrins de verre
De nos noëls étincelants
Filles des brumes c’est la cascade
On a pressé grappes et fruits
La tonne chante Le jus mousse
A nos amours en débandades
Fille des fruits c’est accordailles
Les pays des champs sont bien nus
Les sources aux pierres se partagent
Je devine ce qui est dû
Fille des fleurs c’est renaissance
Les eaux se transforment en sève
Vent d’abondance aux portes nuit
Ce qui naît sent déjà la mort.
Posté le 05.08.2007 par lesableausablier
.....
Le jour se meurt. La nuit descend.
On n’a plus rien à se dire.
Le mentir-vrai de son sourire
Masque les chers faux-semblants.
Le soir transpire en sa chemise,
La fontaine émiette son eau
Pour un arc-en -ciel au gros dos.
…Il est loin le temps des cerises
Les feuilles du magnolia luisent
-Miroirs ou pièges du temps-
Les arbres gardent des printemps
La tonsure du vent de bise.
On n’a que peu à se mal dire !
Tous les fruits du temps sont cueillis.
La terre est sèche et craquelée
Comme des lèvres au blanc sourire.
Le jour se meurt. La nuit s’étend.
Le parc aux ombres appartient.
Celles qui passent dans l’air blanc
Ont des visages incertains.
Demain sera jour du partir.
Nous sommes comme des enfants
Tremblant sans savoir que mourir
Sera un beau commencement.
Posté le 04.08.2007 par lesableausablier
Festin perdu
I
Il n'est pas de festin perdu
Le sol est nourri de nos ruines
Même s'en lèche les babines
Le chien de la Déconvenue
Qui ne fut jamais Colombine
Et n'est jamais la bienvenue
Dans nos concessions citadines
que le temps verbeux assassine
Tout épi est bon à faucher
Il n'est que de savoir oser
II
Quand le coeur jette ses écus
Pour les yeux d'une ballerine
Souventes fois trop gourgandine
A nos regards de coin de rue
Lèvres en feu et mains calines
Il n'est pas de festin perdu
Chope vidée on cavatine
Raison de fuir n'en gâchons plus
Tou épi doit se récolter
Il n'est que de savoir céder.
III
Il n'est pas de festin perdu
On en fait souvent moins que faulx
Disent les regards d'une émue
D'une à nos frasques suspendue
Comme à nos mollets un cabot
Instant crédible s'il en faut
moults y faillirent de Jésus
Qui en furent sublimisés
Tout épi est bon à meuler
Il n'est que de savoir aimer
Posté le 04.08.2007 par lesableausablier
Après une promenade au père Lachaise
Ils étaient jeunes ils étaient beaux
Ils avaient plus que du talent
La vie leur faisait des cadeaux
Qu’ils prenaient comme des enfants.
Tout leur était dû il fallait
Des lits de roses sous leurs pieds
Ils n’étaient jamais satisfaits
De ce génie lourd à porter
Ils n’ont pas vécu plus que d’autres
Qu’on soit mécréant bon apôtre
On est tenu au sort commun
Dans leur tombeau de marbre fin
Ils ne sont pas meilleurs défunts
Qui d’eux aujourd’hui se souvient ?
Posté le 04.08.2007 par lesableausablier
Fin d’été
L’août déjà tourne la page
Tourne la page de l’été
On se dit adieu sur la plage
Petit adieu désenchanté.
Il est mort-né le grand amour
Celui en qui le cœur croyait
Ce ne fut que braise d’un jour
Brève clarté de feu follet.
---Monsieur vous n’êtes pas mon prince
---Madame vous ne me tentez point
---J’ai ma vie petite en province
--- A Paris on m’attend demain.
Il n’est pas né le grand amour
Celui que ton âme espérait
Triste est la route du retour
Les auberges y manquent d’attraits.
L’août déjà tourne la page
Tourne la page des regrets
Ce furent des vacances sages
Il n’y manqua qu’un coup d’archet.
Posté le 03.08.2007 par lesableausablier
Chut...
C'est l'onde qui passant
t'emporte.
C'est le vent
Qui gratte à ta porte
Et te rappelle qu'une morte
Dans l'au delà
du temps
t'attend.
C'est la clarté du soir
cruelle
mais très belle
C'est un vol léger d'hirondelles
Un cri de désespoir c'est
La lune si bas là
Que le clocher caresse
de son unique doigt
C'est la plume d'un paon
Le glissement d'un cygne
sur l'ombre d'un étang
C'est un instant pareil
Au sourire d'un ange
Une complainte étrange
Mais sublime ô combien
C'est pour ne rien cacher
un murmure d'abeille
un bouquet de merveilles
Une éclipse de lyre
Un frisson de désir
Le chant de la saison
Que ce premier baiser
Sur ta lèvre posé.