Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Ymogène
J'aime le sport, ça oxygène, lui disait grand'mère Ymogène
Qui était native de la plaine du côté de Lens ou d'Avion.
Fais-en, du sport , mon garchon. Surtout celui du ballon rond.!
Va galoper sur le gazon pour entretenir ta bedaine
En courant d'aval en amont; mais n'oublie pas ta petit' laine
On sait jamais y'a plus d' saison. Faudrait pas prendre une fluxion.
Pauvre Ymogène si Lucide, elle savait pas grand' min la vie
Car le sport l'a tuée par traîtrise alors qu'elle faisait l'analyse
Des titres posés en manchettes sur la premièr ' feuille d' sa gazette.
Ne voulant pas désobéir: Les mortes ayant toujours raison.
Voyant à son bid' bel av' nir, il s'est entiché du cuir rond.
Faut d' tin en tin se prémunir, savoir s'échapper d' son carbon.
Un bon fauteuil, un seize neuvième, bien installé dans son salon,
Il passe ses soirs sur l'antenne à voir des grolles et des talons
Entre fumigènes et flonflons dans la fumée du tabac blond.
Les copains, il l' sais i' font d' même : le foot dans la gaillette on l'aime.
Scotchés à leur petit écran, avec leurs gamins dans les bottes,
Ils souffrent, ils crient, ils chipotent sans laisser tiédir " l'Pélican",
Afin d' célébrer la victoire quand chez soi y'a plus rin à boire
Ils sortent ter tous au jardin, il louvoie vers le cabaret
A l'enseigne du " ballon blond", i'a toujours que'ques pintes à vider.
Ils arrosent ensembl' leur' passion, braillant d' Deyrousseaux les canchons
Ils Houblonnent sans modération lichant de ces bières du nord
Qui donnent au corps du relief et de la mouvance au décor.
Sur le coup de l'aube brumeuse, entre l'heure grise et la demie
Quand au perchoir ils s'en reviennent hésitant parfois au chemin
On sait quel accueil ils auront. y' a pas qu' les draps qui seront froids.
Les femmes sur le pas de la porte, ayant guetté à longueur d' nuit
Sommeillent auprès des cafetière prêtes à brailler au moindre bruit,
A servir l'acide brouet que dans l'attente elles ont rôti.
Alors pour s' donner du courage, un peu aussi pour la bravade,
Ils entonnent la " canchon dormoir' ". C'est plus une berceuse, on l' sait bien,
Mais s'ils hurlent comme des vauriens, c'est pour couvrir l'autre refrain.
Le refrain du dimanch' matin, celui de la fée qui ronchonne.
Devant le poêle qui charbonne à préparer le saint frusquin
Du dominical festin en chantant la canchon d' la bonne.
I faut c' qui faut, c'est dur le sport, mais à force de volonté,
Dans son paradis la grand-mère sera fière de son grand dadet
Qui fait à longueur d'année autant de sport d' vant la télé.
J'aime le sport, ça oxygène, lui disait grand'mère Ymogène
Qui était native de la plaine du côté de Lens ou d'Avion.
Fais-en, du sport , mon garchon. Surtout celui du ballon rond.!
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Lessive baroque
Comme une lessive baroque
Entre victoire et déception
Sèchent d'après match les linges
Si passe une brise curieuse
Un tant soit peu sur la prairie
C'est la catastrophe assurée
Tout se répand tout s'éparpille
déballage navrant de guenilles
A l'étal d'un vide-grenier
Tout tombe tout se disperse
Les aulas, les chants les silences
Les attentes les interjections
Tout choit Tout se brise sur l'herbe
Les commentaires les autographes
Et les photos dédicacées.
Autour sont des odeurs de stade
des remugles à ne pas nommer
De bière tièdes répandues
de sueurs mâles contenues
De Leitmotivs à volontés
Achetés avec le billet
Qui donne aussi droit à la fouille
A la palpation familière
Au stade qui bat la breloque
Comme une italienne lessive
Claquent les shorts et les maillots
Les cartons rouges les menaces
Et des fragments d'airs nationaux
Sifflés hués des supporters
Venus dans ce temple du sport
Régler des haines personnelles
Avec leur vie avec leur peur
Avec surtout leur solitude
Comme une lessive moderne
Aux séchoir de la société
Pendent les guenilles du match
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Déconfiture
Un dos parfait de belles fesses
Deux petits seins appétissants
Un corps superbe de déesse
Mais qui ne tient pas les promesses
Que l'époux souvent en attend
Elle se garde pour d'autres combats
D'échappatoires en vains serments
C'est la dérobade intégrale
La faillite la déconfiture
Qui n'amadoueront la nature
Que par des "si tu veux bien …demain"
Ce soir j'ai un championnat
Un championnat une coupe un combat
Un chrono un record à battre
Son paysage c'est cela
Demain ce corps plein de promesses
Voudra bien s'ouvrir à l'amour
Et donner ce qu'on en attend
A la sauvette, en se forçant
En rêvant de stade et de gloire
Banalement, banalement
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Voyager 2
O Mort, peux-tu me prendre
sur ton porte-bagage?
La vie, dans ses méandres,
Trop longtemps en otage
M'a tenu prisonnier.
Je suis pareil à l'arbre
Dont les fruits sont tombés
Et qui ayant roulé
sous la table de marbre
Ne seront plus mangés.
Le vent boulant les feuilles
Ne me fait plus trembler.
Il rugit, râle et breuille
Comme un loup dans la neuille
Sans plus me féconder!
Sous mes maigres rameaux,
Les cerfs et les chevreuils
Ne viennent plus gîter
Quand l'hiver blanc épeuille
Des nivôses mouillés.
Et je suis fatigué
De ces conciliabules,
De ces voix ridicules
Qui pour me provoquer
Sans pudeur éjaculent.
Peux-tu me prendre ô Mort
Sur ton porte-bagages?
Le temps d'aller encor
Glaner des coquillages?
Sur cette blanche plage
Où de l'amour j'ai fait,
Sous la lune ardoisée,
Jadis l'apprentissage
Sur la dune sauvage
Dans le jeu des baisers.
Peux-tu me prendre ö Mort
Juste pour un aller?
Je reviendrai à pied
Parmi les mandragores
En écoutant la mer
Sur le sable prier.
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Voyager
Peut-on dire que l'on voyage
Lorsque assis dans un tégévé
A trois cents à l'heure on cavale
D'un point A vers un point B?
Quand devant sa petite table,
Serein comme à son domicile,
On pianote sur son portable,
On parlote dans son mobile.
Qu'il est loin le temps où Nerval
Prenait son pied à voyager
En rédigeant un madrigal
Dans chaque auberge du trajet.
Aujourd'hui, c'est time is money
L'important est dans la pendule,
On va de Hon Kong à Sidney
Comme on traverse un vestibule.
Pas loisir d' fermer sa fibule,
De chausser ses bottes de sept lieues,
De s'installer dans l' véhicule
Qu'on est déjà sur l'autre quai.
Les gares et les aéroports
Ne font pas trop dans l'herbivore;
C'est plutôt béton et consort
Que pâquettes ou bouton d'or
Alice au pays des transports
N'aurait pas à s'émerveiller,
On ne sait pas qu'on change de port
Puisque l'on parle partout Anglais.
La pluie du temps efface tout.
L'homme s'adapte à ses concerts.
Il laboure tous les tabous,
Fait sciemment ses surenchères.
Alors pas de mélancolie,
La vapeur eut son palmarès,
Les transatlantiques aussi
Sans oublier l'orient express.
On ne voyage plus, ,on va
A pied, à cheval, en voiture…
Pardon le bon vieux temps perdure
Sous notre langue quelquefois.
On va où le temps nous entraîne
Au rythme fini des pendules
Vers une abstraite péninsule,
Vers le quai d'une mort certaine.
Est bien finaud qui peut nous dire
Quel transport nous y attendra
Et surtout pour où nous conduire
Et pour quelle durée ça sera!
Peut-on dire que l'on voyage,
Quand vers l'éternité l'on va
Sans se soucier du paysage
Qui nous mène vers l'au-delà.
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Les genêts
Les genêts doucement balancés par la brise
Sur les vastes plateaux font une houle d'or…
François Fabié
Ce poème des genêts d'or
Qui au vent distribue son or
Il charma ma petite enfance
Il mit le feu dans l'inodore
De mes années d'inappétence
Dans la cendre de mes déconforts.
Avec lui j'ai géré mon sort
A la botte de la patience
Un poète le composa
Dont le nom dans l'oubli tomba
Alors que ce n'était qu'automne
A feuilles vives sur sa voix
Sur sa rusticité bonhomme
Sur cette aimable gravité
D'une archaïque plume d'oie
Elle aussi mise en la tombe
Je murmure encor quelquefois
Ce cantique des genêts d'or
Quand l'hiver blanc au corps à corps
Poudrant d'argent mon sycomore
Livre combat au vent retors
Dans les grasses plaines du nord
Où l'épi chichement se dore
Dans le temps que rit messidor
Dans les sillons de cette Flandre
Qui transmute en pépites d'or
La souffrance et le sang des morts
Tombés pour que vive la France
Dans le poussier gras de ses champs
Au pied des terrils saignant
Leurs larmes noires sur l'histoire
Si naissent les crânes crayeux
Des héros tombés au silence
Et que les louves se confessent
Aux confessionnaux de l'effroi
Comme des nonnes avant la messe
Avant que tombent du beffroi
Les glas pesants de la détresse
Qui porte les dieux à leur croix
A leur conquêtes les rois
A leurs faillites les débats.
En ma défaillante mémoire
Le temps ayant fait son devoir
Il n'en reste que peu je dois
Faire un peu plus chaque fois
Pour progresser au souvenir
Retrouver la pente à gravir
Pour qu'il ne me batte pas froid
Dans la sous-traitance du dire.
Pour en regoûter le soupir
Dans la confusion du tiroir
Dans le chagrin de mes grimoires
Mal bâclés à l'encre violette
Que discrètement je feuillette
En tachant mes doigts du meurtrir
De la coupable indifférence
…..
Je la fredonne quelquefois
Cette poésie touteen or
Qui sur mes collines épanche
En avril sa munificence
Dans les ronces de l'existence
Je l'emporterai chez les morts
Ce sera l'ultime trésor
Pour illuminer mes aurores
Avec l'image de celle chère
Qui me soutiendra sans faillir
Jusqu'au Golgotha du mourir
Jusqu'à la liberté dernière
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Avril
Quand l'avril des petits matins
Frileux comme le poussin
Entrouvre les horizons clos
Derrière l'enceinte des roseaux
Où l'étang souffle mufle et groin
Comme à la traque le doguin
Qui course la laie au regain
Pour des agapes de sang chaud.
Quand l'avril dans le quotidien
Frileux comme un boulingrin
Décide d'aller au jardin
Où la rose éveillée à peine
Desserre sa robe de laine
Sentant festonner des festins
Sous son corset de séraphin
Dilaté d'envies de pollen.
Quand la lune se lève rousse
Sur les monts des quatre chemins
Que sur les fumiers tièdes gloussent
Pérorant comme des corbins
Les plus hardis des coquebins
Qu'une cour vigilante entoure
Avec des querelles d'atours
Des caquètements .
Eros qui a fil à la patte
Dans le confort de l'hiver moite
Entonne son magnificat
Jetant au sol col et cravate
Il songe l'air un rien narquois
Qu'il est sain de prendre au bain
Les Vénus au teint de plâtre
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Le Poète
Il porte en lui le poids du monde
L'âge des saisons disparues
La matière qui s'inféconde
autour d'un gibet sans pendus
Il est la clef dans la serrure
Le portail qu'il faudra pousser
Pour qu'après la mort, perdurent
Quelques bribes d'éternité.
Dieu propose et l'homme dispose
Ou le contraire si vos voulez.
Entre les deux, il est la rose
Qui croît au vent sur un rocher.
Il est le baiser des tempêtes.
Le juron des marins perdus
Dans un triomphe d'eau muette
Hantée de navires têtus.
Il est sur l'angle de l'équerre,
Le trait furtif en pointillés
Sur lequel la danseuse expire
A pas de deux pour l'envolée.
Dans le nid que le vent balance,
Il est l'aquilon agressé
qui se sait soumis à la danse
des calmes plats démesurés.
Dire que de lui on se passe
n'est qu'une contre-vérité.
Chaque goutte d'eau qui tracasse
Est une larme qu'il va sécher.
Il est la main tenant la plume
qui dans l'encre violette cueille
L'a saveur poivrée de no rhumes,
De nos genoux écorchés.
Il est au clocher la cloche
Qui ne sonne qu'à l'occasion,
Quand la destinée de sa poche
Sort quelque crucifixion.
Il porte en lui le poids du monde,
Et dans le secret de ses mots
Les eaux de la liberté grondent
Qui jailliront de son chapeau.
SM
Du bienfait de se taire
Pour ne pas déplaire en voulant trop plaire.
Ou "le parisianisme habituel"
Je ne parle plus qu'à voix basse
Je n'écris plus qu'à mots feutrés
J'ai plus envie d' mécontenter
Aux allusions je fais la chasse.
Plus question de faits qui tracassent
De doubles-sens mal compris
Si j'entre à l'église je prie
Et me replie dans ma carcasse.
Tout est beau tout est raisonnable
Bravo bravo tous les notables
Les partis pris d'arrache cœur
D'ailleurs comme est bon ce silence!
Cette confortable torpeur!
Je pose ma plume et je pense
Que ne rien penser semble bon.
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
L'ivrogne
Quinque… cigale.
Estabournir..assommer, abrutir.
Je bois! ça donne le vertige
Ça me permet d' penser à rien;
D'oublier un peu les litiges
Que l'on se crée entre voisins.
Je bois aussi par habitude.
Faut le dire: souvent c'est bon,
Cette contrefaçon un peu rude
De sucer à mêm’ le litron.
Je bois sans soif, sans plaisir,
Ouais! Simplement pour m'occuper.
Je sais, ça va m'anéantir.
L'alcool, il siphonne la santé.
Chaque jour défilent à la télé,
Des réclames pour nous prévenir
Qu'il faut s'arrêter d' consommer,
D'à journées complètes se noircir.
Moi, je veux bien, mais tous ensemble!
Qu'il n'y ait point quelques malins
Pour galoper lorsque c'est d'amble
Que se vittel-menthe le train.
J'suis pas allé bien à l'école.
Il m'a fallu très tôt bosser?
Recevoir mes notes à coups d' grolles
Quand j' fermentais dans les dictées.
Mais ça m'empêche pas de me dire:
Si l'alcool il est si mauvais,
Pourquoi qu'on s'arrêt’ pas de fourbir
Des ahocés à prix cassés.
Faut pas boire, mais faut consommer!
La gnole se tévéatise
Du côté d' l' impôt à payer,
La dégustation est permise.
Que l'on cesse d' estabournir
Les têtus d' la consommation
De constamment les assaillir
En augmentant l' prix du litron.
Qu'ils viennent s'asseoir autour d' la table,
Qu'on discute entre hommes. crénon!
Qu'ils se débouchonnent les notables;
Qu'ils dévignoblent leur cruchon.
La vérité est dans le vin.
Elle sort du verre que l'on boit.
S'il est question de pots de vin,
Chacun sur sa table y a droit.
Pourquoi qu'ils célèbrent au champagne
La malvenue d' leur élection
Et qu'ils habitent à Aubagne
Pour le rosé frais au bedon.
Et qu'il nous faudrait au coka
Dieu! Accompagner nos agapes!
Crier tristement vive le roi
En jetant l' boisson sous la nappe.
La montagne, chante Ferrat, est belle.
Mais ce qui fait cuver cent ans,
C'est surtout le jus de la treille
Qui se savoure au bord du champ.
La vigne est le sang de la terre.
Le vin, la plus saine des boissons.
Ils sont eux aussi dans la bière
Ceux qu'ont pas tâté au Gigon… (as)
Je coupe là ces discutions.
Réfléchir, Vraiment ça altère.
Je profite de l'occasion
Pour remplir et vider mon verre
Avec Baudelaire et Verlaine,
Avec Dimey, avec Ponchon
Qu'étaient des sages à déraison
De laisser aux autres la verveine.
Je lève mon drink et je trinque
Avec beaucoup d'modération
En écoutant le chant des quinques
Dans l'olivier de ma raison
Sous lequel heureux, je médite
Assis face à cet horizon
Planté de vignes qui invitent
A de prometteuse libations.
Posté le 06.08.2007 par lesableausablier
Myosotis
Je n'ai pas suivi de notice
Mais j'ai cueilli à ma façon
Au bord de mai ce myosotis
Oh, Dieu du ciel que c'était bon!
Il suffit d'un brin de malice,
D'un poème d'Alain Souchon
Pour que s'amorcent les prémices
D'une tendre conversation.
Les mots souvent sont les épices
Qui transforment les myrmidons
Et les portent au box office
De la plus douce des chansons.
"Je puis mourir sur ce caprice,
Tellement tu y mis le ton,"
Me dit-elle dans la coulisse,
A l'instant de la conclusion.
Elle s'appelait Amaryllis
Ou peut-être je pense Sydon?
Mais à jamais Myosotis
Restera dans mon cœur son nom!