Posté le 10.10.2007 par lesableausablier
Vu du haut du beffroi
Coups de poignard à la saison
L’orage enchaîne les éclairs
Enorme et florissant concert :
Les loups en perdent la raison.
Il pleut. La plaine et ses sillons
Sordidement se désaltèrent.
Dans les flaques bleues des ornières
Où l’été prie sans conviction.
Automne, au bal de tes aurores,
Le pays, que le vent malmène
D’une poigne cyclopéenne,
Restitue sa pourpre et son or.
Il n’est plus temps d’aimer encor
Nivôse joue avec les roses
Dans les parcs où Ronsard compose
Pour les Cassandre et les Laure
Les cieux battent leurs édredons.
De longs vols de corbeaux tournoient
Au-dessus du morne beffroi
Qui vit mourir François Villon
Et tomber au son du canon
Pour des ambitions militaires
Avec un courage exemplaire
Tant et tant de francs compagnons.
Des pluies, des pluies jusqu’à toujours.
Un déluge épais et glacé
Que la mer du nord a salé
Tambourine sur les labours.
Des pluies, des pluies sur notre amour
Qui reclus dans l’ombre du temps
Observe naître l’hiver blanc
Presque déjà dans ses faubourgs
Où les cités assassinées
Ont rangé la guerre et ses morts
Que les toussaints chaque an honorent
De grands discours désabusés.
Ondées indéfinies, linceuls
Pour de virtuels mausolées
Que l’existence a élevés
Dans notre cœur a ces Iseult
Qu’on n’a pas su trop bien aimer
Mais qui s’en sont allées vaillantes
Préparer l’alcôve décente
De nos amours d’éternité.
Coup de poignard à la saison.
L’orage rugit. Le tonnerre
Mêle son cri à ces éclairs
Que jette la main d’Apollon
Mêlant au cuivre des clairons
Sur les Valmy et les Lorettes
Le chant dernier de l’alouette
Et la chanson de Madelon.
smr
Posté le 04.10.2007 par lesableausablier
Soleil du matin chagrin
Voilà bien un triste refrain
Evitons d’être pessimistes
Il suffit d’une idée simpliste
Et tout, soudainement s’éclaire
Dissolvant l’idée mortuaire
De consacrer nos derniers sous
A nous offrir dans la gadoue
Un joli lopin bien pépère
Pour une mort de prolétaire
Soleil du matin chagrin
Voilà bien un triste refrain
Evitons d’être pessimistes
Un petit tour d’illusionniste
Un bon parfum de cafetière
Un oeillet à la boutonnière
Un frémissement de frou-frou
Aller courir le guilledou
Devient un bonheur nécessaire
Adieu les soucis funéraires
Soleil du matin chagrin
Voilà bien un triste refrain
Evitons d’être pessimistes
Osons soyons surréalistes
La vie du rêve est tributaire
Négligeons le crépusculaire
Ses aigres-doux ses loups garous
Repoussons tous ces noirs dégoûts
Jetons brûlons dans la chaudière
Les affirmations mensongères
Soleil du matin chagrin
Voilà bien un triste refrain
Evitons d’être pessimistes
Heureux sont les je-m’en-foutistes
Disons « Au diable les austères
Les râleux et les va-t-en guerres
Les marabouts et leur bagout
Les religions et leurs tabous
Tenons-nous dans l’élémentaire
C’est bien là le seul sanctuaire. »
Soleil du matin chagrin
Voilà bien un triste refrain
Evitons d’être pessimiste
Comme l’Hermès trismégiste
Puisons dans le trésor du temps
Plutôt les baisers que le sang
S’il pleut sur les toits sur les champs
C’est que la pluie est nécessaire
Alors cessons de nous complaire
A gémir sur l’inconvénient.
Vivons notre vie en touristes,
Cré bon dieu soyons optimistes
Soleil du matin Bonheur
Doit être le cri du coeur.
Posté le 01.10.2007 par lesableausablier
Nostalgie
Les monts peignent leurs cheveux blancs
Les forêts perdent leurs feuillages
Chaque matin cartable au dos
Les gais écoliers en chantant
En cape de laine et galoches
Gagnent l’école du village.
En ce temps de mort qui s’approche
L’été remise ses pipeaux
Un souffle froid sur le hameau
Ramène les premiers troupeaux
Adieu fandangos et tangos
Adieux Juliette et Roméo.
L’automne est là. L’hiver suivra
Des fumées grises sur les toits
Dessinent d’étranges figures
Les tas de bois ont belle allure
Qui feront les bonnes veillées
Tassés devant les cheminées.
Images de la nostalgie
Dans ce vieil album écorné
Que les Jaunes photographies
D’un artiste un peu malhabile
Devant qui chacun immobile
Sans voir le temps s’enfuir sourit.
Posté le 28.09.2007 par lesableausablier
Fin d’été II
Quand l’été perd de son sourire
Dans le cœur des amants meurtris
Par trop de fausses prosodies
Au bord du chemin de la vie
Qu’ils ont laissé se défleurir
Quand du printemps les souvenirs
Se sont un à un affadis
Quand ne chante plus l’oiseau lyre
Que l’usuelle mélodie
De l’ennuyeuse hypocrisie
Quand le chant du désir est grave
Que plus froids se font les baisers
Que l’autre n’est plus cette enclave
Où l’on rapatrie sa pensée
Lorsque le cœur se croit blessé
L’automne aux suaires dorés
Joli comme un vase de saxe
Connaît de l’amour la syntaxe
Pour préparer le mausolée
Des passions par le temps usées
Posté le 28.09.2007 par lesableausablier
Fin d'été
Le jamais vu de cet automne
Avec ses lourds vols de corbeaux
Initie l'âme qui s'étonne
Au futur fatal du tombeau.
Il pleut. Le monde hypertrophique
Y perd ses vanités d'été
Partout s'enfle le dramatique
Celui qu'appelle la piété.
Qu'en est-il exactement? Fuite
Que cette débauche de vent.
Cosmiquement elle délite
Le coeur déchiré des amants.
Ces tourbillons copiant de l'art
Les plus mauvais coups de pinceau
Ce sont requiem de Mozart
Saisons en enfer de Rimbaud.
Des pipeurs de dés pleins aux as
Par les forêts d’or empesées
Fouillent d’automne la carcasse
Pour des festins de déjantés.
Sur les chemins nus des Damas
Portant des croix d’acier rouillées
Passent des spectres qui ressassent
La mort de leur éternité.
Plus rien à l’esprit opportun
Dans ces lourds mouvements de vagues
Sinon l’éclairement défunt
D’un réverbère qui harangue
Cette rouge lune tirant
Par les maussades infinis
Son charroi qu’encercle mouvant
Un halo de chauves-souris
Entre deux nuées éclatées
D’un fracassant coup de cymbales
Du ciel à Lucifer bradé
Par les légions de floréal.
Le jamais vu de cet automne
Avec ses lourds vols de corbeaux
Initie l'âme qui s'étonne
Au futur fatal du tombeau.
Posté le 25.09.2007 par lesableausablier
La moue
Furtif passe le mensonge
Une rose dans la main
Penaud de troubler le songe
Dans lequel Eve se tient
Il voudrait que se prolonge
Jusqu’au soleil du matin
Par son parfum l’incertain
Dans lesquels les rêves plongent
Mais troublé par quelque moue
Qu’à sa lèvre l’amour noue
Il lui donna un baiser
Qui la fit effarouchée
Interrompre d’un soupir
Son prompt désir de mourir
Posté le 25.09.2007 par lesableausablier
J’ai rouvert…
J’ai rouvert mon Mallarmé
Il n’a plus de ces fumets
Que jadis il proposait
A ma narine exaltée
Est-ce talent de jeunesse
Ces chatoiements magnifiques
Ces tourments mélancoliques
Ces brefs appels de détresse
Pour qu’ici au temps du soir
Rien d’eux ne parvienne plus
A mes cinq sens éperdus
Dans ce nocturne bazar
Où la nuit tient ma défaite
Entre ses dents de cafard
Posté le 24.09.2007 par lesableausablier
Lecteurs, ne vous égarez pas
A admirer ces vers ils ont
Comme l’on dit la honte au front
Ils sont informes mais c’est bon
De les laisser vivre à leur faim
Sous le soleil pimpant de juin.
Divaguant sans chaînes ni liens
Sur le trottoir de poésie
Au hasard de leur fantaisie
Le nez au vent humant des riens
Ainsi que divaguent les chiens
Sous le pimpant soleil de juin.
Ivresse que cette folie
De parler de tout et de rien
Avec le sourd muet du coin
Et de demeurer ébloui
De tout ce qu’il n’a jamais dit
Sous le pimpant soleil de juin.
Donner trois sous à un mendiant
Que l’on sait ivrogne et voleur
Pour attiser cette rancœur
Dont fera preuve le bourgeois
Qui déteste ces propre-à-rien
Sous le pimpant soleil de juin.
Sourire à la belle inconnue
Que l’on croise légère et rose
Menue comme tige de rose
Et telle vénus, ingénue
Pas émue d’un clin d’œil coquin
Sous le pimpant soleil de juin.
La suivre un moment puis aller
Jeter des cailloux dans la Seine
En regardant passer Verlaine
Un peu ivre un peu exalté
Par quelque songe saturnien
Sous le pimpant soleil de juin.
Et comme tout a une fin
Rentrer en son logis écrire
En passant la brosse à reluire
Sur chaque mot de son discours
Des petits couplets plein l’amour
au si pimpant soleil de juin.
Posté le 22.09.2007 par lesableausablier
Royal pluviôse s'extravague
En un grand mouvement de vent,
Soufflant Vers l'horizon les vagues
De ses arrogants ouragans.
Est-ce du sang cet océan
Gigantesque fourmillement
De griffes d'ongles et de dents
Où se noient d'étranges géants?
Dans le lointain les oliphants
Des preux chevaliers en gants blancs
Sonnent des dianes. Des hi han
Leurs font réponse promptement.
Biches, cachez vos jolis faons
La plaine est livrée aux rufians
Tueurs à tous crins inconscients
Que toute vie est un diamant.
Cyniquement leur oeil brillant
De chaque mouvement friand
Déchaîne foudre et aboiements
Dans les vaux aux prés verdoyants.
Que leur importe ! En communiant
Avec la camarde, insolents
De leurs gros sabots impudents
Ils avancent en piaffant
A la pose nonchalamment
En viandards amateurs de sang
Ils feront en se rengorgeant
De leurs victimes le bilan
Royalement pluviôse dore
D'un rayon de soleil couchant
Les sangliers et les faisans
Si humains même dans la mort.
Posté le 21.09.2007 par lesableausablier
Nuit de juin dix sept ans on se laisse griser
(Arthur Rimbaud)
Elle m'a saoulé de printemps
C'était comme cela venu
Fleur après fleur doux guet-apens
D'eaux vives et de malentendus.
Elle n'a rien dit d'ambigu
Rien surtout d'abracadabrant
Juste un mot fort comme un piment
"Aime-moi car je t'ai élu"!
Elle était belle et j'étais moche
irrespectueux des tabous
Peu ragoûtant dans mes galoches
Sans expérience voulant tout.
Et moi dans ma naïveté
J'ai vu l'amour j'ai vu la gloire
Je tenais un bout de l'histoire
Je me suis cru plébiscité
Et moi dans ma naïveté
Je l'ai suivie à pas de loup
Comme on suit la nativité
Et ne regrette rien du tout.
Je l'ai suivie je l'ai aimée
J'ai bu l'eau claire de ses sources
J'ai moissonné dans la grande ourse
la lumière dorée de ses blés
Elle a fait de moi ce voyou
Qui ne sait qu'aimer et écrire
Jeter à poignées des soupirs
D'être trop souvent sans le sou.
Si ce fut parfois long carème
Longues errances sous les cieux
En quête vaine du poème
Je ne pouvais espérer mieux
Elle m'a saoulé de printemps
C'était vraiment inattendu
Cet adorable guet-apens
Dont mon cœur ne fut pas déçu.
Elle a fait de moi son amant
Quelque part au hasard des rues
En croquant au fruit défendu
On sème elle et moi des printemps
Elle était belle et j'étais moche
Elle a dicté et j'ai écrit
Ca ne m'a pas rempli les poches
Mais ça a embaumé ma vie
ça ne m'a pas rempli les poches
je m'en satisfait c'est ainsi
Sous l'arbre de la poésie
Dont l'ombre par Zeus est bénie
Que je vieillis en poésie.